À quelques jours d’une échéance internationale décisive, l’Algérie se trouve au centre de toutes les attentions financières et réglementaires.
La réunion plénière du Groupe d’action financière, prévue du 15 au 19 juin 2026 à Paris, constitue un moment charnière susceptible d’entériner la sortie du pays de la «liste grise», qui regroupe les juridictions placées sous surveillance renforcée en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme.
Des progrès reconnus
Selon les éléments issus des dernières évaluations, l’Algérie a franchi des étapes significatives dans la mise en œuvre de son plan d’action. Lors de la plénière de février 2026, l’organisation internationale a estimé que le pays avait «substantiellement achevé» les engagements exigés, ouvrant ainsi la voie à une reconnaissance plus large des réformes engagées.
Dans le détail, les autorités ont procédé à une révision approfondie de l’évaluation des risques, avec une attention particulière portée aux secteurs considérés comme sensibles, notamment l’immobilier et les circuits bancaires.
Dans la même dynamique, la Banque d’Algérie a publié, le 30 avril 2026, l’instruction n°04-2026, instaurant une procédure unifiée de connaissance client applicable à l’ensemble des établissements financiers. Cette mesure vise à renforcer la traçabilité des opérations, à harmoniser les pratiques bancaires et à réduire les marges de vulnérabilité face aux risques de blanchiment.
L’ensemble de ces réformes est désormais scruté par les experts internationaux, qui devront évaluer non seulement leur adoption formelle, mais surtout leur application effective sur le terrain.
C’est dans ce contexte de vigilance accrue que les conclusions de la session de Paris pourraient ouvrir la voie à un retrait officiel de l’Algérie de la liste de surveillance renforcée, sous réserve de validation de l’efficacité des dispositifs mis en place. Une telle évolution serait perçue comme un signal fort de crédibilité financière et de consolidation des réformes structurelles engagées ces dernières années.
Sur le plan interne, cette dynamique de conformité et de transparence se traduit également par des initiatives sectorielles visant à renforcer la gouvernance publique. À Alger, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a supervisé une journée d’étude consacrée à la prévention de la corruption lors de la phase de préparation des marchés publics.
Une mobilisation institutionnelle élargie
Cette rencontre, organisée par le ministère, s’est tenue en présence de la présidente de l’Autorité supérieure de transparence, de prévention et de lutte contre la corruption, Mme SalimaMessrati, ainsi que de cadres centraux, de responsables d’établissements publics économiques et de membres des commissions des marchés publics. Des responsables locaux y ont également participé par visioconférence, illustrant l’ampleur institutionnelle de la démarche.
Les travaux ont mis en évidence un enjeu central : la prévention des risques de corruption dès la phase initiale des marchés publics, considérée comme la plus sensible en raison de la définition des besoins et de la rédaction des cahiers des charges. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle, de garantir une concurrence loyale entre opérateurs économiques et de consolider les principes d’égalité dans l’accès à la commande publique.
Experts, spécialistes et représentants des organes de contrôle ont également souligné l’importance de la transparence comme levier d’amélioration du climat des affaires. Plusieurs bonnes pratiques ont été présentées afin de sécuriser les procédures, limiter les interventions discrétionnaires et assurer une meilleure conformité aux standards de gouvernance.
Une dynamique globale de réformes
Cette articulation entre réformes financières globales et renforcement de l’intégrité dans la gestion publique traduit une volonté d’alignement progressif sur les normes internationales. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à améliorer la confiance des partenaires économiques, à renforcer la crédibilité institutionnelle et à moderniser les mécanismes de gestion publique.
À l’approche de la décision du GAFI, l’enjeu dépasse ainsi le seul cadre technique. Il engage l’image financière du pays, sa capacité à sécuriser ses flux économiques et à consolider un environnement réglementaire stable.
Entre réformes bancaires, ajustements législatifs et lutte contre la corruption, l’Algérie aborde une phase où les résultats concrets seront déterminants pour la reconnaissance internationale de ses efforts.
Assia M.
