Ce déplacement constitue une première pour un haut responsable algérien en France depuis la crise entre les deux pays.
La visite de Saïd Sayoud s’inscrit dans une nouvelle séquence de réchauffement des relations diplomatiques entre Alger et Paris. Si le dialogue et les visites officielles se poursuivent, notamment sur les volets sécuritaire et de la coopération judiciaire, la relation bilatérale continue néanmoins d’osciller entre périodes de dégel et phases d’escalade diplomatique.
La réconciliation franco-algérienne semble aujourd’hui bel et bien relancée après deux années de brouille diplomatique. La visite à Paris du ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, illustre cette nouvelle dynamique. Elle constitue une première pour un haut responsable algérien en France depuis la survenue de la crise entre les deux pays.
Une délégation sécuritaire de haut niveau
Une délégation de haut niveau, chargée des questions sécuritaires, accompagnera le ministre. Elle comprend notamment le directeur général de la sécurité intérieure (DGSI), le commandant de la Gendarmerie nationale (tous deux relevant du ministère de la Défense nationale), ainsi que le directeur général de la Sûreté nationale et d’autres hauts responsables de divers départements. Tous devront s’entretenir avec leurs homologues français autour de trois thèmes majeurs touchant directement à la sécurité des deux pays.
Outre la question des migrants en situation irrégulière, les deux parties doivent aborder deux dossiers particulièrement sensibles. Le premier concerne la lutte contre le terrorisme. Dans ce domaine, la coopération existe déjà, mais demeure insuffisante sur des points sensibles, notamment le suivi des groupes islamistes au Sahel et la question des combattants revenant de Syrie.
Le second défi majeur porte sur la lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé. De nombreux trafiquants disposent de la double nationalité et servent souvent de relais entre les réseaux criminels des deux rives, en particulier dans le trafic de stupéfiants.
Pour la France, la priorité reste la question du retour des ressortissants algériens en situation irrégulière sur son territoire. Sur ce point, Alger accepte depuis quelques mois la réadmission de ses ressortissants, tout en reprochant à Paris de ne pas appliquer systématiquement les laissez-passer consulaires.
Le premier semestre de l’année 2026 aura confirmé, voire accentué, le caractère à la fois complexe et singulier des relations algéro-françaises. Cette période a été marquée par une succession d’événements impliquant les deux pays.
Tout a commencé le 8 mai dernier avec la visite de la ministre française déléguée aux Armées et aux Anciens combattants, Alice Rufo, à Sétif puis à Alger, suivie dix jours plus tard par celle de Gérald Darmanin, garde des Sceaux, ainsi que par le retour de l’ambassadeur de France à Alger.
Les deux membres du gouvernement français ont été longuement reçus par le président Abdelmadjid Tebboune, tout comme Ségolène Royal, présidente de l’association France–Algérie, qui a estimé que la France «devait franchir une nouvelle étape dans ses relations avec l’Algérie en présentant officiellement des excuses pour la colonisation et la guerre d’Algérie».
Ségolène Royal a ajouté que la France, en tant qu’ancienne puissance coloniale, devait «faire le premier pas» et demander pardon pour la colonisation ainsi que pour la guerre d’Algérie». Selon elle, une telle démarche «ne relèverait pas d’une logique de culpabilisation permanente ni d’une volonté d’humiliation, mais constituerait un moyen de construire des relations plus apaisées entre les deux pays».
L’ancienne candidate à l’élection présidentielle française a, toutefois, estimé que ces excuses devraient s’accompagner de mesures concrètes, évoquant notamment la restitution des archives, le retour des biens culturels spoliés, la prise en compte des conséquences des essais nucléaires français dans le Sahara algérien, ainsi que la question des mines antipersonnel encore présentes dans certaines régions du pays.
Une perception médiatique souvent polarisée
Enfin, certains médias français et responsables politiques, versés dans le sensationnel, s’emparent de la moindre brouille entre Paris et Alger pour parler de crise, voire de rupture dans les relations entre les deux pays.
Cette reprise des relations reste chahutée, malgré un rapprochement significatif et la reprise du dialogue politique de haut niveau. Le président français l’a d’ailleurs rappelé lors de son dernier discours au Kenya, appelant à dépasser les tensions récentes. «Ce n’est pas notre intérêt d’avoir des postures de politique intérieure», a-t-il déclaré, en référence aux débats en France autour de la relation avec l’Algérie.
Il a également regretté les difficultés enregistrées ces derniers mois entre les deux pays, soulignant que «cette relation doit être respectueuse des deux côtés mais doit permettre d’apporter des solutions sur tous les sujets». Il a enfin évoqué la nécessité de travailler sur plusieurs domaines — humanitaire, migratoire, sécuritaire, économique et régional — afin de trouver des solutions communes avec Alger.
H. Adryen
