Le ministre de l’Intérieur, Saïd Sayoud, effectuera demain une visite de deux jours à Paris, à la tête d’une importante délégation, répondant ainsi à une invitation directe de son homologue français, Laurent Nunez.
Les discussions s’articulent autour de trois axes principaux, à savoir la coopération sécuritaire et migratoire, le dossier des biens mal acquis, réclamés de longue date par l’Algérie et la situation des Algériens en situation irrégulière présents sur le territoire français et enfin le suivi des questions liées aux relations consulaires et administratives. Depuis le début de l’année 2026, les consulats algériens en France ont émis environ 140 laissez-passer.
De son côté, une source française indique que 700 Algériens se trouvent actuellement en centre de rétention, dans l’attente d’un retour au pays. Paradoxalement, Alger affirme avoir déjà permis le retour volontaire de 320 jeunes Algériens en situation irrégulière. L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a donné quelques chiffres : sur les quelque 51 000 Algériens en situation irrégulière recensés en France en 2025, seuls 2 500 feraient l’objet d’une mesure d’expulsion effective.
Et d’ajouter : «Il est facile de mettre les gens dans l’avion, mais sans un lien de confiance avec l’Algérie, on ne peut pas les faire descendre.» Du côté français, Laurent Nuñez a clairement affirmé que la France est obligée de travailler avec l’Algérie. Le ministre français a insisté particulièrement sur la nécessité de «restaurer un échange d’informations ciblé sur les réseaux de trafiquants de stupéfiants», soulignant que «la collaboration se fait dans les deux sens».
« Sur la partie sécuritaire et migratoire, nous sommes obligés de discuter avec l’Algérie», a-t-il tranché dans un entretien à la Tribune du Dimanche. «C’est un grand pays, qui a un certain savoir-faire en matière de renseignements et de sécurité. Avoir des échanges avec lui est nécessaire», a encore ajouté.
En plus de la sécurité et de la lutte contre l’immigration clandestine, le ministre de l’Intérieur français a souligné la dimension humaine dans les relations franco-algériennes, avec «plusieurs millions de personnes de part et d’autre de la Méditerranée qui sont concernées par la relation franco-algérienne et la vivent très directement».
Alger, un partenaire incontournable
Il enchaîne en taclant Bruno Retailleau et les partisans de la ligne dure avec l’Algérie : «Quel est l’intérêt d’avoir un bras de fer dans ces conditions ? » Avant d’asséner : «Ceux qui ne cherchent qu’à braquer l’Algérie ne pensent pas aux intérêts de la France, mais à leurs intérêts électoraux.»
Pour Paris, l’Algérie demeure un partenaire incontournable dans la lutte contre le terrorisme, le narcotrafic et certains flux migratoires, ce qui confère à cette visite une portée stratégique dépassant le cadre purement bilatéral.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des démarches et des contacts engagés au cours des derniers mois par les deux capitales pour rétablir des canaux de communication stables. Bien qu’aucune communication officielle détaillée n’ait encore été divulguée par Paris ou Alger concernant le programme précis de ce déplacement, cette initiative est d’ores et déjà analysée comme un signal politique fort.
La visite de Sayoud à Paris a été annoncée il y a quelques jours par Laurent Nunez. «Je vais accueillir mon homologue algérien, ici, dans quelques jours. C’est un signal très positif. Une coopération sécuritaire se réinstaure progressivement», a-t-il notamment estimé, lui qui s’était rendu à Alger à la mi-février à l’invitation de Sayoud, après des mois de tensions entre les deux pays. Cette visite de Laurent Nuñez avait amorcé une détente entre Alger et Paris.
Autre étape dans ce rapprochement, la visite récente du ministre de la Justice, Gérald Darmanin. Le ministre de l’Intérieur a expliqué, par ailleurs, qu’il y a, avec son homologue algérien, «un travail d’échange d’informations à réengager sur les trafiquants de stupéfiants, et la collaboration se fait dans les deux sens».
H. Adryen
