Paris privilégie une relance pragmatique du dialogue bilatéral.
Après le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, c’est au tour du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, de tacler sévèrement l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, partisan d’un bras de fer avec l’Algérie.
À la tête du ministère de l’Intérieur de septembre 2024 à octobre 2025, le chef des Républicains a mené un bras de fer avec Alger. Une politique qui a conduit les relations entre les deux pays dans l’impasse, provoquant le blocage total de toutes les coopérations, y compris sécuritaire.
Une stratégie jugée inefficace
Avec le dégel, les critiques contre Bruno Retailleau et sa politique, qui n’a produit aucun résultat, se multiplient. La dernière en date est venue du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot.
«Il y a des désaccords sur la méthode poursuivie. Il se trouve que, dans les temps récents, le bras de fer a ététenté et il n’a pas produit les effets escomptés», a déclaré le chef de la diplomatie française lors de son audition à l’Assemblée nationale le 26 mai dernier.
Reprise de la coopération
Depuis la visite à Alger du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez en février dernier, les deux pays ont repris la coopération migratoire et sécuritaire, après plusieurs mois d’arrêt. L’Algérie a notamment repris la délivrance des laissez-passer consulaires pour le rapatriement de ses ressortissants en situation irrégulière.
«Des ministres français se sont rendus sur place, des ministres algériens vont venir en France pour tenir un dialogue franc et exigeant afin d’obtenir des résultats», a enchaîné Barrot, en réponse à ceux qui réclament la poursuite de la ligne dure avec l’Algérie.
Vers une approche fondée sur les résultats
Le chef de la diplomatie française a affirmé que des «résultats commencent à être obtenus, notamment sur la question migratoire», rappelant que la logique de bras de fer avait conduit à une quasi-paralysie de la coopération dans ce domaine.
Invité de France Inter, Jean-Noël Barrot a également déclaré ne pas vouloir «céder à cette conflictualité entretenue de part et d’autre», plaidant pour une relation basée sur des résultats concrets plutôt que sur l’escalade politique et médiatique.
Interrogé sur la visite prochaine à Paris du ministre algérien Saïd Sayoud, le chef de la diplomatie française a rappelé les priorités du gouvernement : lutte contre le narcotrafic, coopération sur les expulsions de ressortissants en situation irrégulière, reprise des échanges économiques, ainsi que le dossier du journaliste français Christophe Gleizes, détenu en Algérie.
«Nous ne cherchons pas le réchauffement pour le réchauffement», a-t-il insisté, soulignant la volonté de Paris d’obtenir des résultats concrets dans la relation bilatérale.
Un dialogue assumé malgré les tensions
Le ministre a confirmé que le dossier de Christophe Gleizes serait abordé lors des discussions, se disant confiant quant à une issue favorable.
Il a également estimé que «le rapport de force doit toujours être mis au service du dialogue et non s’y substituer», assumant une approche pragmatique des relations franco-algériennes.
Enfin, Jean-Noël Barrot a plaidé pour une relation
«normalisée» avec l’Algérie, qualifiée de «grand pays d’Afrique», insistant sur la nécessité de résultats tangibles sur les plans sécuritaire et économique.
Saïd Sayoud à Paris les 1er et 2 juin
Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, effectuera une visite à Paris les 1er et 2 juin à la tête d’une importante délégation.
Il s’agit de la première visite officielle d’un haut responsable algérien en France depuis le début de la crise franco-algérienne en juillet 2024. Ce déplacement s’inscrit dans le prolongement de la visite à Alger, en février dernier, du ministre français de l’Intérieur, et vise à renforcer la coopération bilatérale, notamment dans le domaine de la sécurité.
H. Adryen
