La future carte politique du scrutin commence à prendre forme. Mais cette fois-ci, les grandes figures partisanes semblent avoir choisi de rester en retrait.
À mesure que se dessinent les listes électorales pour les élections législatives prévues le 2 juillet prochain en Algérie, un constat s’impose : l’absence remarquée de plusieurs chefs de partis de premier plan dans la bataille pour l’Assemblée populaire nationale. Un retrait qui interroge autant les observateurs que les électeurs sur les véritables stratégie sà l’œuvre.
Alors que la phase de dépôt des candidatures entre dans sa dernière ligne droite avant validation définitive par l’Autorité nationale indépendante des élections (Anie), la future carte politique du scrutin commence à prendre forme. Mais cette fois-ci, les grandes figures partisanes semblent avoir choisi de rester en retrait.
Une absence qui n’est pas anodine
Contrairement aux précédentes échéances électorales, où les dirigeants des formations politiques menaient eux-mêmes les listes, plusieurs chefs de partis ont préféré ne pas briguer de siège parlementaire. C’est notamment le cas du président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), Abdelali Hassani Cherif, du secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Abdelkrim Benmabrek, ou encore du premier secrétaire national du Front des forces socialistes (FFS), Youcef Aouchiche.
Tous ont fait le choix de confier la représentation de leurs partis à des cadres intermédiaires, à d’anciens députés ou à de nouvelles figures politiques, plutôt que de s’engager personnellement dans la compétition.
Ce retrait collectif alimente plusieurs lectures. Pour certains analystes, il s’agit d’un repositionnement stratégique visant à préserver les dirigeants pour des échéances plus importantes. D’autres y voient une volonté de préparer une nouvelle génération politique et de renouveler les élites partisanes.
L’absence de certains dirigeants s’explique aussi par des raisons personnelles ou organisationnelles.
C’est notamment le cas de Louisa Hanoune, du Parti des travailleurs, ou encore du président du Mouvement El Bina, Abdelkader Bengrina, qui a préféré promouvoir son fils, le député El Baraa Bengrina, sur les listes de la capitale afin de renforcer la présence du Mouvement lors de ce scrutin.
Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Atmane Mazouz, figure également parmi les absents de cette compétition parlementaire.
Le pari du renouvellement
Plusieurs formations politiques ont lors de la confection des listes préliminaires accordé une place importante aux jeunes et aux femmes. Cette orientation traduit la volonté affichée de certains partis de moderniser leur image et de répondre aux exigences de renouvellement formulées depuis plusieurs années dans le débat public.
Le choix de ne pas exposer directement les premiers responsables dans la course électorale pourrait également répondre à une logique interne : préserver les chefs de partis pour d’autres échéances politiques plus stratégiques, notamment la recomposition du paysage politique ou les futures échéances présidentielle et locales.
Pour autant, ce retrait ne signifie pas une absence totale d’influence. Les directions partisanes continuent de piloter la confection des listes, les alliances locales et les orientations de campagne.
L’exception RND
Une exception notable se distingue toutefois dans ce paysage : le Rassemblement national démocratique (RND). Le parti a choisi d’investir son secrétaire général, Moundhir Bouden, tête de liste dans la wilaya de Mila.
Le RND a, d’ailleurs, dû réagir rapidement après la diffusion de rumeurs sur les réseaux sociaux évoquant un prétendu rejet du dossier de candidature de son secrétaire général par l’Anie. Dans un communiqué officiel, le parti a catégoriquement démenti ces informations, dénonçant des «tentatives de désinformation et de perturbation».
Cette présence du chef du RND dans la compétition contraste fortement avec la prudence adoptée par les autres formations politiques.
Dorte mobilisation
Selon les chiffres communiqués par l’Autorité nationale indépendante des élections, 1 484 dossiers de déclaration collective de candidature ont été retirés à travers 69 wilayas du pays. Parmi eux, 1 208 concernent des listes soutenues par 36 partis politiques, contre 275 pour les listes indépendantes.
Le nombre total des formulaires de signatures individuelles retirés dépasse 1,89 million.
Concernant les dossiers effectivement déposés, l’Anie recense 786 listes à l’intérieur du pays, avec 647 partisanes et 138 indépendantes. Le nombre total de candidats atteint les 10 144 postulants.
Ces chiffres témoignent d’une forte dynamique électorale, malgré un climat politique marqué par le retrait des principales figures partisanes.
Nouvelle étape politique
Cette discrétion des chefs de partis traduit peut-être une transformation plus profonde du fonctionnement politique algérien. Après des années de personnalisation excessive de la vie politique, plusieurs formations semblent vouloir miser sur des structures plus collectives et l’émergence de nouveaux profils.
Reste à savoir si cette stratégie convaincra les électeurs ou si l’absence des leaders accentuera davantage la distance entre les citoyens et les institutions parlementaires.
À quelques semaines du scrutin, une question demeure : les chefs de partis préparent-ils réellement une relève politique ou cherchent-ils simplement à préserver leur capital politique pour des batailles jugées plus décisives ?
I. Khermane
