Du Tchad à la Somalie, en passant par le Niger, l’Algérie renforce son ancrage économique et stratégique en Afrique à travers la multiplication de projets structurants, l’intensification des partenariats bilatéraux et l’exportation de son savoir-faire.
«L’Afrique est la profondeur stratégique de l’Algérie.» Derrière cette affirmation à forte portée diplomatique se dessine une orientation de plus en plus structurée, à dimension économique et régionale. Au-delà des conjonctures politiques, Alger multiplie, ces dernières années, les initiatives visant à consolider ses relations avec le continent africain.
Dans un contexte marqué par l’émergence d’un corridor économique reliant l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne, l’Algérie entend tirer parti de sa position géographique pour jouer un rôle central dans les dynamiques d’intégration régionale.
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a, d’ailleurs, rappelé que
«l’Algérie doit se frayer une place de choix dans son espace africain et ne pas rester à l’écart du continent», soulignant également que le pays est «africain de par son destin et son prolongement». Une orientation qui traduit une volonté de redéploiement diplomatique et économique vers l’Afrique.
Une dynamique de projets structurants
Dans cette logique, la coopération entre l’Algérie et le Tchad connaît une accélération notable. À N’Djamena, les deux pays ont signé un accord visant à faciliter la réalisation de projets dans les travaux publics et les infrastructures de base, avec pour objectif de transformer les engagements politiques en réalisations concrètes.
Au cœur de cette dynamique, figure le projet de route transsaharienne reliant le Tchad à l’Algérie. Ce corridor stratégique doit permettre de connecter le Tchad au réseau routier nord-africain et à la Méditerranée, facilitant ainsi les échanges commerciaux et l’intégration régionale.
Les autorités des deux pays qualifient ce projet de levier majeur pour le développement des échanges en Afrique. Des équipes techniques algériennes ont déjà entamé des études et des missions d’évaluation sur le terrain.
L’énergie comme levier de coopération
La coopération énergétique constitue également un axe central de ce partenariat. À Alger, un accord a été signé entre les autorités algériennes et tchadiennes pour la réalisation d’une centrale électrique de 40 mégawatts à N’Djamena.
Le projet sera entièrement réalisé avec des compétences et des équipements algériens à travers Sonelgaz, illustrant la volonté d’exporter le savoir-faire national dans le domaine énergétique.
Selon les responsables, la pose de la première pierre est prévue à la mi-juillet pour un chantier estiméà trois mois. Les études techniques ont déjàété finalisées à la suite d’une mission d’experts de Sonelgaz au Tchad.
Dans la même logique, les perspectives de coopération englobent la production, le transport et la distribution de l’électricité, ainsi que la formation et la fourniture d’équipements.
Santé, éducation et coopération humaine
Au-delà des infrastructures, la coopération s’étend également aux secteurs sociaux. L’Algérie et le Tchad préparent le déploiement de missions médicales algériennes, notamment pour des campagnes de dépistage et des interventions chirurgicales spécialisées, en particulier dans la lutte contre la cécité évitable.
Les deux pays explorent également des pistes de collaboration dans l’enseignement supérieur, notamment à travers l’amélioration de la connectivité numérique, le développement des infrastructures universitaires et la création d’une université virtuelle au Tchad.
Une vision africaine assumée
Cette dynamique dépasse le seul cadre bilatéral. Au Niger, des experts ont récemment effectué une mission technique au sein des installations de Sonatrach à Boumerdès, dans le cadre du renforcement des échanges d’expertise dans le secteur des hydrocarbures.
À travers ces multiples initiatives, l’Algérie confirme une stratégie fondée sur la coopération Sud-Sud, l’assistance technique et le transfert de compétences. Cette approche vise à renforcer son rôle d’acteur régional tout en accompagnant les dynamiques de développement sur le continent africain.
Smail Rouha
