Le responsable français affirme qu’il n’existe aucun financement direct de la France vers l’Algérie, relançant la controverse sur le calcul de l’aide publique au développement.
Alors que des voix politiques dénonçaient une aide massive de la France à l’Algérie, l’Agence française de développement (AFD), par la voix de son président en fin de mandat, Rémy Rioux, a tenu, une nouvelle fois, à rétablir la vérité. Pour son dernier entretien en tant que patron de cet organisme de financement extérieur, accordé le 30 avril à Radio France Internationale (RFI), il a expliqué qu’«aucun financement direct n’est accordé, seulement des bourses étudiantes» aux étudiants algériens.
Défendant son bilan, il pointe du doigt les «assertions de l’extrême droite française concernant l’aide française à l’Algérie». À ce sujet, Rioux se montre particulièrement offensif : «C’est un mensonge.» «L’AFD n’a aucune activité en Algérie. On ne peut pas me faire ce reproche. Ou alors il faut le faire de façon argumentée», tranche-t-il.
Face aux polémiques sur de prétendus versements massifs de la France à l’Algérie, le directeur général sortant de l’AFD a tenu à mettre les points sur les i. Rioux rappelle que l’Algérie «ne reçoit aucun financement direct de son organisme». Mais ce haut dirigeant de l’AFD n’hésite pas à critiquer la droite et l’extrême droite, qui l’accusent depuis deux ans de financer des pays «notoirement hostiles à la France», dont l’Algérie.
Déjà l’année dernière, au moment où cette polémique avait éclaté, il avait répondu sur le plateau de Public Sénat. Certaines voix de la droite et de l’extrême droite, à commencer par Sarah Knafo de Reconquête, ont accusé la France de verser à l’Algérie une aide publique colossale, évoquant même la somme de 800 millions d’euros par an.
Polémique autour d’une pseudo-aide
Rémy Rioux a tenu à rétablir les faits : «Ce que l’on déclare à l’OCDE comme aide publique au développement pour l’Algérie n’est pas, en réalité, de l’AFD. Ce sont exclusivement des bourses pour des étudiants algériens en France.» Une information rapidement démentie par les autorités françaises.
Les propos du patron de l’AFD s’inscrivent dans une réalité économique assumée par Alger. Depuis les années 2000, l’Algérie a remboursé la totalité de sa dette extérieure et ne compte pas y revenir. Le président Tebboune l’a réaffirmé sans détour : «C’est une honte et une trahison envers les martyrs que d’aller vers l’endettement alors que tu peux t’en sortir sans.»
Cette ligne politique, appelée «zéro endettement», bloque de fait toute possibilité de prêt, même pour des projets d’infrastructures.
Selon les chiffres officiels, l’aide publique au développement en direction de l’Algérie s’élevait en 2022 à 132 millions d’euros. Mais l’écrasante majorité de cette somme — près de 80 % — reste en réalité en France : 121 millions d’euros vont au ministère français de l’Éducation pour financer les bourses des étudiants algériens en France, 8,5 millions sont gérés par le ministère des Affaires étrangères pour des frais liés aux coopérations culturelles, 1,5 million revient à l’AFD pour un projet de formation avec l’université de Brest, et 280 000 euros sont destinés à l’OFII et à des collectivités françaises pour des actions spécifiques.
L’AFD elle-même précise sur ses réseaux que «depuis 2005, aucun prêt n’a été octroyé à l’Algérie». Un seul projet a été mentionné : une coopération universitaire entre Alger et Brest, pour un montant de 700 000 euros. Comme l’a rappelé Rémy Rioux, «l’Algérie ne reçoit pas d’argent de l’Agence française de développement».
Une politique de zéro endettement
Le président Tebboune n’a pas manqué de rappeler les priorités du pays : «Nous finançons chaque année 6 000 bourses africaines pour venir étudier chez nous, une route de plus de un milliard de dollars entre notre pays et la Mauritanie, et nous venons d’effacer 1,4 milliard de dettes à 12 pays africains. Nous n’avons pas besoin de cet argent qui sert avant tout les intérêts d’influence extérieure de la France.»
Quelques jours plus tard, l’APS a annoncé qu’une plainte avait été déposée par l’État auprès du tribunal judiciaire de Paris pour diffusion de fake news à l’encontre de la députée européenne Sarah Knafo, du parti Reconquête.
Au mois de février 2025, l’ambassade de France à Alger a apporté des précisions, affirmant que les fonds d’aide «ne sont pas directement versés à l’État algérien, mais sont destinés à des programmes bien définis».
H. Adryen
