Le président de la société North Africa Risk Consulting (Narco), Jeff Porter, estime que les perspectives du gazoduc Algérie–Nigeria sont plus attractives que celles du projet similaire au Maroc, en raison de plusieurs facteurs.
Dans un entretien accordé à la plateforme Attaka, Jeff Porter a déclaré que la guerre en Iran a profité aux producteurs de gaz en Afrique du Nord, en particulier à l’Algérie, puis à la Libye, tout en ayant un impact négatif sur le Maroc.
Selon cet expert, les tensions géopolitiques dans le Golfe, qui ont perturbé l’approvisionnement mondial en gaz, ont «bénéficié aux producteurs nord-africains, notamment à l’Algérie et à la Libye». À l’inverse, le Maroc apparaît plus vulnérable, selon ses propos. Fortement dépendant des importations de gaz, le royaume commence à rencontrer des difficultés pour sécuriser ses approvisionnements, avec des interruptions signalées ces dernières semaines. «Cette situation pourrait le contraindre à renforcer son recours au charbon, notamment pour soutenir ses activités industrielles», note-t-il.
Dans le reste de la région, la Tunisie continue de bénéficier de sa position de transit, recevant du gaz en nature via le gazoduc reliant l’Algérie à l’Italie.
La Mauritanie, de son côté, pourrait tirer profit de ses exportations de gaz naturel liquéfié pour atténuer l’impact de la hausse des prix énergétiques sur son économie, même si ces volumes resteront insuffisants pour influencer significativement le marché européen.
Une opportunité pour l’Algérie
Si la conjoncture internationale joue en faveur de l’Algérie, celle-ci reste, toutefois, confrontée à certaines contraintes. Le pays ne dispose que de marges de production supplémentaires réduites, en raison d’un manque d’investissements dans l’exploration et la production au cours des quinze dernières années, relève le spécialiste.
Pour faire face à ces limites, Jeff Porter plaide pour la réduction de l’activité industrielle et la rationalisation de la consommation d’énergie. Toutefois, la solution durable réside dans l’augmentation des investissements dans l’exploration et la production, avec le soutien de partenaires européens comme l’Italie et l’Espagne.
Il dira que l’Algérie dispose d’importantes capacités de liquéfaction du gaz, mais privilégie le transport par gazoduc via TransMed vers l’Italie et Medgaz vers l’Espagne, des infrastructures considérées comme stratégiques.
L’avantage du TSGP
La rivalité énergétique entre l’Algérie et le Maroc se manifeste également à travers deux projets concurrents de gazoducs reliant le Nigeria à l’Europe, souligne-t-il.
Selon Jeff Porter, le projet transsaharien (TSGP), porté par l’Algérie, présente davantage de garanties de réussite. «Plus court, techniquement moins complexe et reposant en partie sur des infrastructures existantes, il apparaît plus réaliste», admet-il.
En revanche, le projet atlantique soutenu par le Maroc est jugé plus coûteux, plus complexe et confronté à des défis juridiques importants, ce qui en fragilise la viabilité.
«Dans un contexte mondial incertain, la guerre en Iran agit ainsi comme un révélateur des forces et des fragilités énergétiques en Afrique du Nord, redessinant les rapports de force entre ses principaux acteurs», conclut l’expert.
Synthèse S.Rouha
