À l’occasion du 64e anniversaire de la Fête de la victoire, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a fait un message qui dépasse la seule commémoration historique.
En rappelant la portée du 19 mars 1962, le Président inscrit clairement l’Algérie d’aujourd’hui dans une continuité, celle d’un peuple qui, après avoir arraché sa liberté politique, doit désormais consolider sa souveraineté économique et renforcer ses capacités face aux incertitudes du monde.
Le passage le plus structurant du message est sans doute celui où le chef de l’État affirme que «l’Algérie a défini sa trajectoire».
La formule est lourde de sens. Elle signifie que le pays ne navigue pas à vue, qu’il ne subit pas simplement les turbulences régionales et internationales, mais qu’il avance selon une orientation pensée, assumée et hiérarchisée.
Dans le texte présidentiel, cette trajectoire est immédiatement reliée à une priorité stratégique : «renforcer les capacités de l’économie nationale». Autrement dit, la bataille décisive n’est plus seulement celle de la mémoire, mais celle de la puissance économique, de la résistance aux chocs et de la maîtrise du destin national.
Le Président situe, d’ailleurs, ce choix dans un contexte qu’il qualifie lui-même de «conditions régionales et internationales troublées». C’est là tout le cœur du message. Dans un environnement instable, l’Algérie doit bâtir ses propres instruments de protection.
C’est pourquoi Abdelmadjid Tebboune évoque la nécessité de «construire l’immunité économique» du pays et de «renforcer les remparts de sa souveraineté».
Le vocabulaire employé n’est pas neutre. Il renvoie à une logique de défense nationale au sens large. L’économie n’est plus seulement un champ de gestion ou de performance, elle devient un espace de souveraineté, un prolongement concret de l’indépendance.
Le chef de l’État ne parle pas d’un simple ajustement conjoncturel. Il décrit un «projet de développement stratégique multidimensionnel, hautement ambitieux», fondé sur des réalisations «structurantes et intégrées». Cette insistance sur la cohérence et l’ampleur du projet vise à installer une idée centrale où l’Algérie est engagée dans une œuvre de transformation globale.
Il ne s’agit pas d’actions dispersées, mais d’un cap. Et ce cap, selon le Président, n’est pas théorique. Il souligne, en effet, que ce projet stratégique «se concrétise sur le terrain».
Cette phrase est essentielle. Elle répond à une attente profonde de l’opinion. Voir des politiques publiques qui sortent du registre des intentions pour entrer dans celui des réalisations tangibles.
Mais le message présidentiel ajoute un autre ressort à cette dynamique : la mobilisation humaine et morale. Si ce projet avance, dit le Président, c’est grâce à «des volontés nationales sincères», «conjuguant leurs efforts», «veillant à la préservation des intérêts de l’État» et œuvrant «au service du peuple».
Le propos prend une dimension politique claire.
La réussite du projet national ne dépend pas uniquement des ressources matérielles ou des programmes économiques, elle repose aussi sur une éthique de l’engagement, sur la loyauté envers l’État et sur la conviction que l’édification nationale est une responsabilité collective. Cette référence aux «volontés nationales sincères» vise à réhabiliter l’idée d’un effort commun, au moment où le pays cherche à se projeter dans une nouvelle phase de consolidation.
Le texte présidentiel puise aussi sa force dans l’articulation constante entre mémoire historique et présent stratégique. En rappelant que le 19 mars 1962 fut «le jour où fut annoncée la fin d’une domination coloniale de plus d’un siècle et trente ans», Abdelmadjid Tebboune réinscrit l’action actuelle dans l’héritage direct de la guerre de Libération.
Le rappel n’est pas formel.
Il s’accompagne d’une condamnation d’une rare vigueur du système colonial, décrit comme un colonialisme de peuplement «injuste», «dépourvu de toute valeur humaine», poussé jusqu’à «la tuerie, la destruction et le pillage».
À travers cette séquence, le Président rappelle que l’indépendance algérienne n’est pas née d’une concession, mais d’un affrontement historique contre une violence extrême.
Cette évocation du passé n’a rien d’un détour. Elle sert au contraire à donner une profondeur particulière au combat du présent. Le message établit un parallèle implicite. Hier, il fallait vaincre la domination coloniale, aujourd’hui, il faut se prémunir contre les formes nouvelles de fragilité, de dépendance et de vulnérabilité. Le lien est encore plus net lorsque le Président affirme croire en «une Algérie victorieuse avec la participation de tous». Le mot de victoire, dans ce contexte, ne renvoie plus seulement à 1962, il devient une promesse d’avenir, à condition que l’effort collectif soit maintenu.
La conclusion du message est sans doute la plus chargée symboliquement. Le Président évoque «un peuple qui a souffert de tragédies, de destructions, de terre brûlée et de pillage systématique», mais qui demeure fidèle au legs des martyrs. Ce peuple, dit-il, «porte l’amana dans toute sa sacralité et poursuit la marche guidé par le message des chouhada».
Tout est là.
La mémoire n’est pas convoquée pour figer la nation dans la nostalgie, mais pour lui assigner une obligation, continuer. Continuer à bâtir. A protéger. A produire. A tenir debout.
Au fond, le message présidentiel du 19 Mars développe une thèse simple et puissante selon laquelle la souveraineté ne se commémore pas seulement, elle se construit. En affirmant que «l’Algérie a défini sa trajectoire» et qu’un «projet de développement stratégique» est déjà «concrétisé sur le terrain», Abdelmadjid Tebboune veut montrer que la fidélité à Novembre et à la Victoire passe aujourd’hui par le renforcement de l’économie nationale, la protection des intérêts de l’État et l’union des efforts autour d’une ambition commune.
S. Méhalla
