À l’approche de l’Aïd, les rues commerçantes d’Alger changent de look. Entre vitrines colorées, étals improvisés et foule compacte, les marchés de la capitale vivent au rythme des préparatifs de la fête.
Malgré la fatigue du jeûne, les familles se pressent dans les magasins à la recherche des tenues de l’Aïd, en particulier pour les enfants. Entre l’excitation des plus jeunes, qui rêvent déjà de leurs habits neufs, et les parents, qui tentent de faire face à la hausse des prix, les courses de l’Aïd se transforment parfois en véritable défi.
Les vêtements pour enfants au cœur des achats
Au marché de Meissonier, l’un des lieux les plus fréquentés de la capitale, la foule était particulièrement dense hier à la mi-journée. Les allées étaient noires de monde, rendant la circulation difficile. Mamans et enfants envahissaient les magasins, scrutant les vitrines et les portants à la recherche de la tenue idéale pour célébrer l’Aïd dans la tradition.
Dans la plupart des boutiques, ce sont surtout les rayons consacrés aux vêtements pour enfants qui attirent le plus de monde. Pour de nombreuses familles, offrir des vêtements neufs aux plus jeunes reste une tradition incontournable de cette fête religieuse. Pourtant, ce moment de préparation peut rapidement se transformer en véritable casse-tête pour les parents.
«Le plus difficile, c’est de trouver les bonnes tailles et les plus belles tenues», confie une maman rencontrée sur place. Entre la forte affluence et la multitude de modèles proposés, les parents passent d’un magasin à l’autre, comparant les prix et tentant de choisir les vêtements qui feront plaisir à leurs enfants sans dépasser leur budget.
Les préparatifs de l’Aïd varient d’une famille à l’autre. Certaines se concentrent sur la préparation des gâteaux traditionnels, d’autres sur le grand ménage ou encore sur le renouvellement de la décoration de la maison. Mais pour beaucoup de mères, le véritable défi reste l’achat des tenues de l’Aïd pour leurs enfants.
Si certains préfèrent faire leurs courses en soirée, après la rupture du jeûne, d’autres choisissent de sortir en journée. «Je préfère venir le matin pour pouvoir emmener mes enfants au manège le soir», explique une femme rencontrée dans une boutique. Une autre mère affirme ne pas avoir vraiment le choix : «Je dois sortir le matin pour être disponible à la maison le soir et préparer le ftour.»
Les écarts dans les prix
Côté prix, les écarts sont parfois importants d’un magasin à un autre, même au sein du même marché. Des ensembles pour enfants affichés à 4 000 DA dans certaines boutiques peuvent être trouvés entre 2 200 et 2 900 DA ailleurs. Les pantalons pour filles commencent autour de 1 700 DA, tandis que ceux pour garçons sont proposés à partir de 1 500 DA. Les ensembles pour garçons peuvent atteindre entre 2 500 et 6 000 DA, des prix souvent jugés plus élevés que ceux des vêtements pour filles.
Pour les femmes, les djebbas sont proposées entre 1 000 et 3 000 DA, selon les modèles. Les commerçants assurent que les prix restent globalement similaires à ceux de l’année dernière, avec des collections qui n’ont d’ailleurs pas beaucoup évolué.
Promotions et bonnes affaires
Du côté de la rue Hassiba Ben Bouali, plusieurs magasins affichent des promotions pour attirer la clientèle. Les vestes pour filles peuvent être trouvées à partir de 1 000 DA, tandis que certains blazers sont proposés autour de 1 500 DA, même si leur qualité diffère de ceux vendus entre 4 000 et 6 000 DA. On y trouve également des pulls à environ 2 000 DA et des chemises autour de 1 000 DA.
Pour les garçons, les gilets sont proposés à partir de 2 000 DA, les baskets autour de 2 900 DA, tandis que certaines vestes en promotion peuvent descendre jusqu’à 1 500 DA.
Malgré les prix parfois jugés élevés et la foule dans les magasins, l’ambiance reste animée par l’enthousiasme et l’excitation des enfants qui accompagnent leurs parents. Pour beaucoup de familles algériennes, choisir les vêtements de l’Aïd demeure l’un des moments les plus importants des préparatifs, un rituel qui annonce l’approche de la fête et perpétue une tradition profondément ancrée dans la société.
Les étals de rue, l’alternative
À la place des Martyrs, plusieurs parents ont constaté que les prix pratiqués dans les magasins restent particulièrement élevés. Les ensembles pour enfants y sont proposés à partir de 5 500 DA, un montant jugé excessif par de nombreuses familles par rapport à d’autres marchés de la capitale.
Certaines mères n’hésitent pas à renoncer à un achat lorsqu’elles découvrent les prix affichés. C’est le cas d’une maman rencontrée sur place qui s’apprêtait à acheter un pyjama pour son enfant avant de reposer l’article, car le prix de 1 500 DA, elle le considère trop élevé.
Cependant, à quelques mètres seulement des boutiques, les étals installés dans la rue offrent des alternatives plus accessibles. Sur ces tables de vente, des ensembles sont proposés autour de 3 500 DA et certains pyjamas peuvent être trouvés à partir de 500 DA. Face à ces différences de prix, plusieurs mamans préfèrent finalement acheter auprès des vendeurs ambulants.
Les tenues pour garçons plus coûteuses
Les parents constatent également une différence notable entre les vêtements pour filles et ceux destinés aux garçons. Habiller un garçon pour l’Aïd représente souvent un budget plus important.
Pour une tenue complète : pantalon entre 2 000 et 2 500 DA, pull ou haut autour de 3 500 DA et paire de baskets à partir de 3 000 DA.
Au total, une tenue complète pour garçon peut coûter entre 8 000 et 10 000 DA.
Pour les filles, les dépenses peuvent être légèrement moins élevées. Un ensemble robe et veste se situe généralement entre 3 000 et 5 500 DA selon la qualité et le modèle. À cela s’ajoutent une paire de chaussures entre 1 500 et 2 500 DA et parfois un petit sac dont le prix varie entre 500 et 1 000 DA.
Des familles contraintes de chercher ailleurs
Face à ces prix, certaines familles préfèrent reporter leurs achats ou se tourner vers d’autres marchés dans l’espoir de trouver des articles moins chers.
«Cette année, je ne vais rien acheter», explique une mère de famille. «Les modèles sont les mêmes que ceux de l’année dernière et il n’y a rien de nouveau.»
Malgré ces hésitations et les critiques sur les prix, l’affluence reste importante dans les marchés. Les rues commerçantes et les étals demeurent remplis de clients, preuve que la tradition des vêtements neufs pour l’Aïd reste solidement ancrée dans les habitudes.
Dans la commune de Chéraga, la situation n’est guère différente, mais les prix y sont parfois encore plus élevés. Dans plusieurs magasins, il est difficile de trouver un ensemble pour enfant à moins de 10 000 DA. Les commerçants justifient ces tarifs par la qualité des produits proposés, mais pour de nombreuses familles, ces montants restent difficiles à assumer.
«À ces prix-là, un simple citoyen ne peut pas acheter», estime une mère venue faire ses courses.
Contrairement à d’autres marchés de la capitale, l’activité commerciale à Chéraga s’intensifie surtout la nuit. Pendant la matinée, les rues sont relativement calmes. Mais après la rupture du jeûne, la zone se transforme : les familles affluent, les magasins restent ouverts tard et le marché devient tellement bondé qu’il est parfois difficile d’y circuler. Plusieurs parents estiment que les prix actuels sont disproportionnés par rapport à la qualité des vêtements et aux tarifs pratiqués les années précédentes.
Les marchés, une option pour les familles
Au niveau du marché de Chéraga, les prix sont toutefois plus raisonnables que dans les magasins. Les familles y trouvent davantage d’options adaptées à leur budget.
Cela concerne également les tenues pour adultes. Les djebbas, très recherchés à l’approche de l’Aïd, sont souvent proposés à des prix élevés dans les boutiques, alors qu’au marché ces vêtements traditionnels sont vendus à des tarifs plus accessibles, ce qui attire de nombreux acheteurs.
Certaines familles, habituées à acheter les vêtements de leurs enfants à l’étranger, ont tenté cette année de faire leurs achats sur place. Mais la déception est parfois au rendez-vous. Une maman raconte avoir décidé d’acheter localement cette année avant de renoncer après avoir comparé les prix et la qualité des articles proposés. «C’est beaucoup trop cher», confie-t-elle.
Malgré tout, l’ambiance reste marquée par l’impatience des enfants qui accompagnent leurs parents dans les marchés. Entre les stands colorés, les essayages improvisés et les négociations avec les vendeurs, les préparatifs de l’Aïd continuent d’animer les rues d’Alger.
Malgré la hausse des prix, offrir des vêtements neufs aux enfants demeure pour beaucoup de familles l’un des symboles les plus importants de la fête, un rituel qui annonce l’arrivée imminente de l’Aïd.
K. Zemmouri
