La question de la retraite anticipée continue d’alimenter régulièrement les débats lors des séances de l’Assemblée populaire nationale (APN). À plusieurs reprises, des députés ont interrogé le gouvernement sur la possibilité de rétablir la retraite anticipée sans condition d’âge, notamment pour les travailleurs ayant accompli 32 années de service.
Jeudi dernier, lors d’une séance plénière consacrée aux questions orales, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale, Abdelhak Saihi, a mis un terme aux spéculations autour d’un éventuel retour au système de retraite anticipée sans condition d’âge. Répondant à une question de la députée Khadidja Belkadi, il a indiqué que le retour au système de retraite proportionnelle sans condition d’âge n’est pas envisagé actuellement, y compris pour les travailleurs ayant accompli 32 années d’activité professionnelle.
Le premier responsable du secteur a rappelé que la suppression de ce mécanisme s’inscrivait dans un contexte économique particulier, notamment entre 2014 et 2016. Durant cette période, l’Algérie était confrontée à plusieurs défis économiques, parmi lesquels la nécessité de préserver l’équilibre financier du système de retraite et d’assurer la pérennité de la Caisse nationale des retraites (CNR). Dans ce cadre, les autorités avaient décidé de supprimer à la fois la retraite proportionnelle et la retraite sans condition d’âge.
Selon le ministre, ces décisions visaient avant tout à préserver la stabilité financière du système de retraite. Il a également souligné que les objectifs économiques actuels du pays reposent sur une dynamique de croissance et sur la mobilisation de la main-d’œuvre active.
La situation économique actuelle diffère de celle qui prévalait il y a une dizaine d’années, a expliqué le ministre. L’Algérie enregistre aujourd’hui une dynamique économique notable, avec un taux de croissance dépassant 4,6 %. Des prévisions indiquent également que le produit intérieur brut pourrait atteindre près de 400 milliards de dollars dans les prochaines années.
Dans ce contexte, le gouvernement estime qu’il est nécessaire de renforcer la disponibilité de la main-d’œuvre afin d’atteindre les objectifs économiques fixés par le président de la République. Pour Abdelhak Saihi, encourager les départs anticipés à la retraite irait à l’encontre de cette stratégie.
Le ministre a d’ailleurs évoqué l’exemple de plusieurs pays ayant relevé l’âge de départ à la retraite. Dans certains pays occidentaux, celui-ci atteint 70 voire 75 ans, tandis que dans certains pays d’Asie de l’Est, il peut aller jusqu’à 80 ans.
Abdelhak Saihi a également insisté sur la nécessité de préserver l’équilibre financier des caisses de retraite tout en garantissant le principe de solidarité entre les générations. Selon lui, un arrêt précoce des cotisations par les travailleurs pourrait fragiliser cet équilibre et affecter la capacité des caisses à honorer leurs engagements envers les retraités.
Revalorisation des pensions
Le ministre a par ailleurs rappelé que l’État continue d’accompagner les retraités, notamment à travers la revalorisation annuelle des pensions conformément aux dispositions de l’article 43 de la loi n°83 relative à la retraite.Dans ce contexte, il a annoncé que l’augmentation de 10% des pensions de retraite, décidée par le président de la République, entrera en vigueur à partir du 1er mai prochain.
Avant lui, son prédécesseur au même poste, Fayçal Bentaleb, avait déjà apporté des précisions similaires. Interrogé à l’APN par le député Mohamed Menaouar Bencherif, il avait indiqué que l’application de la retraite proportionnelle, présentée à l’origine comme une mesure exceptionnelle, avait été suspendue en raison de la disparition des circonstances qui avaient justifié sa mise en place.
Pour rappel, la retraite proportionnelle avait été instaurée en 1997 dans un contexte économique marqué par des restructurations importantes et la fermeture de nombreuses entreprises. Ce dispositif avait permis à certains travailleurs de partir à la retraite avant l’âge légal, notamment après 32 années de service, dans le but de s’adapter aux transformations du marché de l’emploi de l’époque.
Cependant, dans le cadre des réformes du système de retraite engagées en 2016, les autorités ont décidé de suspendre ce mécanisme. Cette décision visait à maintenir l’équilibre du système de retraite face à l’évolution du nombre de retraités et de cotisants.
I. Khermane
