Le domaine du don et de la transplantation d’organes reste freiné par le manque de donneurs et l’absence d’une véritable culture du don au sien de la société.
La transplantation d’organes en Algérie continue de faire face à d’importants défis, le principal étant l’absence d’une culture du don au sein de la société, alors que plus de 30 000 malades attendent une greffe, selon le directeur des activités médicales et président de la commission d’éthique médicale au centrehospitalo-universitaire Mustapha-Pacha d’Alger, le professeur Rachid Belhaj.
Lors de son intervention dans l’émission «Invité du matin» de la Chaîne 1 de la Radio nationale, le Pr Belhaj a souligné que la transplantation d’organes en Algérie a beaucoup progressé au cours des quarante dernières années. Toutefois, ce domaine reste freiné par le manque de donneurs et l’absence d’une véritable culture du don dans la société.
Malgré ces avancées techniques, le professeur Belhaj estime que le problème principal en Algérie réside dans la rareté des donneurs, en raison du respect de la sacralité du défunt et de la nécessité de l’accord familial, ce qui freine le développement du secteur. Les statistiques indiquent qu’environ 32 000 malades, dont des enfants, attendent des greffes de reins, de foie ou de cornée.
Bien qu’il existe des avis religieux autorisant et encourageant le don d’organes, la société préfère généralement le don au sein de la famille, tandis que le don à des personnes non apparentées est souvent refusé, selon l’émission.
Un indicateur du niveau du système de santé
Dans ce contexte, le professeur Belhaj a appelé à intensifier les campagnes de sensibilisation sur le don d’organes, notamment dans les mosquées, les écoles et les médias, afin de renforcer les valeurs de solidarité et d’encourager la société à contribuer à sauver des vies.
Il a également rappelé que la loi sur la santé exige l’accord de la famille avant tout prélèvement d’organe, ainsi que la confirmation de l’état de mort cérébrale avant l’opération. Il a insisté sur le fait que la phase actuelle nécessite la digitalisation des procédures et l’amélioration du cadre légal relatif à la transplantation afin d’assurer sa transparence.
Le professeur Belhadj rappelle que le don, le prélèvement et la transplantation d’organes, de tissus et de cellules humaines constituent un indicateur important du niveau de développement d’un système de santé.
Quarante ans de pratique
En Algérie, la première greffe de cornée a été réalisée en 1977 à l’hôpital universitaire Mustapha- Pacha, tandis que la première transplantation rénale remonte à 1986.
Depuis cette date, environ
1 600 transplantations d’organes ont été réalisées en près de quarante ans, un chiffre que le professeur Belhadj considère comme relativement faible. Il a, toutefois, rappelé que le pays a traversé des périodes difficiles, notamment la décennie noire des années 1990, qui ont fortement ralenti le développement de certains programmes médicaux.
Malgré ces contraintes, des avancées importantes ont été observées ces dernières années. Selon le professeur Belhadj, les trois dernières années ont été marquées par une progression notable grâce aux efforts de plusieurs professeurs hospitalo-universitaires.
Il cite notamment l’exemple d’un spécialiste exerçant dans la wilaya de Batna, qui réalise à lui seul près de 60% des greffes de rein. Un domaine dans lequel l’Algérie aurait désormais dépassé les autres pays du Maghreb.
Le responsable hospitalier souligne que les compétences médicales existent et que l’objectif est désormais d’étendre ces pratiques à l’ensemble du territoire national.
La famille, principal donateur
Actuellement, la majorité des transplantations réalisées en Algérie provient de dons entre membres d’une même famille, ce qui explique en partie le nombre encore limité d’opérations.
Le professeur Belhadj rappelle, toutefois, que la législation algérienne autorise également le prélèvement d’organes auprès de personnes compatibles n’appartenant pas à la même famille.
La question du prélèvement sur des personnes en état de mort cérébrale reste cependant délicate. Dans la plupart des cas, le prélèvement le plus courant concerne la cornée, un tissu qui peut être prélevé sans altérer l’apparence du corps et dans le respect de la dignité du défunt et de sa famille.
Le professeur Belhadj souligne également que l’Algérie a acquis un savoir-faire reconnu dans certains domaines, notamment la greffe de cornée, au point que des médecins étrangers ont été formés dans le pays.
Pour développer davantage la transplantation d’organes, il insiste sur l’importance des campagnes de sensibilisation, qui peuvent être menées dans les écoles, les lieux de culte ou encore grâce à l’implication d’influenceurs et d’artistes.
L’éthique au cœur des soins
Face aux inquiétudes liées au trafic d’organes, le professeur Belhadj rappelle que ces pratiques sont strictement interdites et contraires à l’éthique médicale. Le système de santé algérien repose sur la gratuité des soins et des mécanismes de contrôle.
La Constitution algérienne de 2020 garantit, par ailleurs, le droit aux soins pour tous les citoyens, en particulier pour les catégories les plus vulnérables. Pour le responsable hospitalier, la réussite d’un système de santé repose avant tout sur un principe fondamental : l’éthique dans la gestion et la pratique médicale afin de garantir l’égalité d’accès aux soins pour tous.
K. Zemmouri
