Les tensions au Moyen-Orient, déjà exacerbées par des années de conflits, prennent un tournant dramatique fin février 2026.
Le 28 février, les États-Unis, en coordination avec l’entité sioniste, lancent des frappes contre l’Iran, visant des responsables politiques à Téhéran. En réponse, l’Iran déclenche l’opération «La Promesse véridique4».
Cette escalade militaire, qui dépasse désormais les simples déclarations, bouleverse l’équilibre fragile de la région. Les craintes d’une guerre à grande échelle se renforcent, avec des implications potentielles à l’international. L’analyste en géopolitique Hakim Boughrara analyse ces développements dans cet entretien.
Crésus : Comment qualifiez-vous la phase actuelle du conflit au Moyen-Orient ?
Hakim Boughrara: Ce que vit la région du Moyen-Orient peut être interprété de différentes manières. Celui qui suit les plans américains depuis le début du siècle, ainsi que le discours sur un «Nouveau Moyen-Orient», comprend que lorsque les États-Unis parlent de ce «Nouveau Moyen-Orient», ce qui les intéresse avant tout, c’est l’entité sioniste : assurer sa sécurité, en faire l’État le plus fort de la région et éliminer toute force arabe ou musulmane susceptible de représenter une menace pour elle.
Les États-Unis, en collaboration avec l’entité sioniste, ont œuvré à affaiblir plusieurs pays arabes comme le Liban et la Syrie, en les fragilisant économiquement, socialement, militairement et sécuritairement.
Ce plan a inclus le «printemps arabe», l’isolement de certains pays arabes et l’exploitation des crises internes, comme on l’a vu dans plusieurs États. Ainsi, ce qui se passe aujourd’hui entre l’Iran, les États-Unis et l’entité sioniste ne peut être dissocié de l’ensemble de ces éléments.
Au final, les États-Unis et l’entité sioniste ont cherché à affaiblir l’Iran, tant à l’intérieur par des sanctions, par l’agitation de l’opinion publique iranienne via les réseaux sociaux et les médias, que par l’usage ponctuel de la force militaire, jusqu’à cette frappe.
Il ne faut pas non plus ignorer les projets expansionnistes de l’entité sioniste. Après la destruction et l’anéantissement de Ghaza, ils ont déclaré que leurs ambitions s’étendaient à plusieurs pays arabes, du Nil à l’Euphrate, en Irak. L’affaiblissement et la soumission de l’Iran ouvriraient ainsi la voie à ces convoitises coloniales.
Aujourd’hui, le Moyen-Orient s’oriente vers une américanisation à travers une domination par la force et l’imposition de ce qu’ils appellent la «paix par la force», en écartant tous les régimes qui représentent une menace pour l’entité sioniste. Après plusieurs pays, le tour de l’Iran serait venu pour compléter le tableau. Et si l’Iran ne résiste pas assez longtemps, les sionistes reviendront se présenter comme une puissance régionale capable d’agir à leur guise.
Assistons-nous à une régionalisation durable de la guerre ? Cette guerre pourrait-elle conduire à une reconfiguration durable des alliances régionales ?
La guerre aujourd’hui est une guerre mondiale non déclarée. Les conflits, dans leur forme actuelle, sont hybrides : ils impliquent les réseaux sociaux, les satellites, l’intelligence artificielle. Le monde entier est sous surveillance, sous contrôle, sous espionnage, soumis aux cyberintrusions et aux sanctions économiques. Ainsi, la guerre est mondiale mais non déclarée, avec un recul marqué de l’influence russe et chinoise, qui observent de loin sans s’engager directement auprès de leurs alliés, contrairement aux États-Unis.
Selon cette analyse, Donald Trump serait revenu pour affirmer que les Américains sont les dirigeants du monde, qu’ils décident et imposent leurs décisions sur le terrain. Nous serions face à la conclusion d’une guerre mondiale où les sionistes et les Américains chercheraient à placer le monde sous leur contrôle, en contournant l’ONU et le Conseil de sécurité, les décisions se prenant entre la Maison-Blanche et l’entité sioniste.
Les pays du Golfe peuvent-ils rester neutres ou se retrouveront-ils inévitablement impliqués dans la dynamique du conflit ?
Les pays du Golfe sont déjà impliqués, de manière négative. Ils accueillent des bases militaires américaines qui limitent leur souveraineté tout en protégeant avant tout l’entité sioniste, plutôt que leurs propres intérêts sécuritaires.
Malgré des investissements massifs dans ces bases et dans des armements américains, ces pays restent vulnérables. L’Iran considère que tant que les États-Unis utilisent ces bases pour menacer sa souveraineté, il est légitime de riposter. Cette situation révèle des contradictions dans la gestion de la sécurité des pays du Golfe, fragilisée par leur dépendance aux puissances extérieures.
Depuis le début des années 2000, avec le projet du «Grand Moyen-Orient», cette dynamique contribue à une nouvelle configuration du Moyen-Orient, dominée par les États-Unis et l’entité sioniste.
En cas de fermeture du détroit d’Ormuz, quelles seraient les répercussions sur la sécurité régionale et quelle est l’importance de ce passage pour le commerce mondial de l’énergie ?
La fermeture du détroit d’Ormuz aurait des répercussions mondiales, notamment sur l’énergie. Les prix ont déjà augmenté de plus de 2%. Environ 18 millions de barils de pétrole transitent chaque jour par ce détroit. Les conséquences seraient graves pour les pays importateurs d’énergie, notamment la Chine, l’Inde et d’autres. Avec le resserrement des contraintes sur l’énergie russe et l’interdiction prévue en Europe, début 2027, d’exploiter le gaz russe, le détroit d’Ormuz constitue un levier important pour l’Iran, en plus de ses missiles balistiques.
Cependant, il est possible que l’Iran se dirige de nouveau vers des négociations avec les États-Unis afin de dépasser cette phase et de se repositionner à l’avenir. Les événements récents avec les pays voisins rendront ses relations régionales très difficiles, et le rétablissement de la confiance avec les pays du Golfe ne sera pas simple.
Dans ce contexte, l’Iran pourrait choisir un rapprochement tactique avec les États-Unis et les pays du Golfe pour préserver un minimum de sa position, notamment sur les plans économique et commercial. La situation demeure ainsi complexe, imbriquée et particulièrement difficile.
I. Khermane
