La récente pénurie provoquée par les barons de l’économie de l’informel sur le produit le plus prisé dans la cuisine et indispensable à la consommation humaine n’a aucun fondement commercial.
Les barons de l’économie informelle orchestrent des pénuries de produits essentiels, profitent de l’inflation et siphonnent les revenus des ménages. Ils ont tout essayé, tantôt l’huile, le lait, la semoule et enfin le sel aujourd’hui. La tension autour du sel a surpris plus d’un consommateur quelques jours seulement avant le mois de Ramadhan.
La méthode : tout est parti d’une annonce sur les réseaux sociaux indiquant une pénurie de ce produit. La suite : les ménages se sont rués sur les étals. Les rares sachets disponibles sont revendus d’abord à 60 puis à 100 DA. D’un seul coup, cet aliment de base disparaît subitement des étals à la veille du mois sacré.
La situation touche presque toutes les localités de la capitale. Dans les rayons des magasins et des supérettes, le constat est sans appel : les stocks de sel s’épuisent. Face à cette situation critique, de nombreux gérants de commerces ont instauré un système de rationnement. Ils limitent désormais la vente à un seul sachet par client. Cette mesure d’urgence vise à garantir un accès minimal au produit pour l’ensemble de la population.
La situation revient peu à peu à la normale. Mais des quartiers restent encore sous tension. Mais le prix a grimpé. Le sel est vendu à 65 DA au lieu de 40 DA. Etait-ce pour cette raison qu’on a provoqué cette pénurie artificielle ? Dans un communiqué, l’APOCE fait état d’un «relâchement progressif de la pression de la demande».
L’organisation attribue la flambée observée à «la rumeur et au comportement du consommateur», ainsi qu’à «la crainte de certains opérateurs économiques» après des interventions des services de contrôle. À l’origine de cette pénurie sauvage, l’arrêt brutal d’une grande unité de production de sel située à El Oued. Cette usine représentait une part prépondérante du marché national. Les autorités compétentes ont pris la décision de fermer ce site à la fin du mois de janvier.
Cette mesure radicale fait suite à des contrôles rigoureux. Un laboratoire de la Gendarmerie nationale a effectué des analyses sur des échantillons prélevés sur le produit de l’usine. Les résultats ont révélé des manquements graves aux normes de production en vigueur. Cette décision, bien que nécessaire pour la santé publique, a provoqué un dysfonctionnement massif sur le marché.
Fake news
Mais les spéculateurs n’en démordent pas. Ils affichent, via leurs relais sur le net, des informations erronées pour maintenir cette crise.
Une publication largement partagée sur les réseaux sociaux affirme que les autorités tunisiennes auraient annoncé l’envoi de dix tonnes de sel vers l’Algérie après l’enregistrement d’une pénurie sur le marché algérien.
Le message est accompagné d’une image extraite d’une vidéo portant le logo d’Al Jazeera, montrant un camion présenté comme ayant été photographié à Kébili, dans le Sud tunisien. Des centaines de commentaires ont relayé l’information, certains saluant un geste de solidarité, d’autres s’interrogeant sur la situation économique des deux pays.
Or aucune communication officielle des autorités tunisiennes ni des institutions algériennes ne fait état, ces derniers jours, d’un envoi de sel tunisien vers l’Algérie, affirme une association tunisienne. Les canaux officiels, les communiqués gouvernementaux ainsi que les médias nationaux ne mentionnent aucune opération de ce type.
S’agissant de l’image jointe à la publication, une recherche d’image inversée a permis d’en retracer l’origine. La séquence provient d’un reportage diffusé le 31 août 2022 par Al Jazeera. La vidéo montre des agents de la société de jardinage de Kébili bloquant la circulation de camions transportant du sel au niveau de la ville de Souk Lhad.
Ces travailleurs protestaient contre le non-paiement de leurs salaires depuis quatre mois et réclament la régularisation de leur situation financière. Il ne s’agissait donc nullement d’un convoi destiné à l’exportation vers l’Algérie, mais d’un mouvement social local en Tunisie. Un autre contenu viral affirme, pour sa part, que la Tunisie aurait envoyé 20 tonnes de sel à l’Algérie, accompagné d’une vidéo montrant des piles de sacs estampillés «Sadaka Jaria» après analyse des images.
Aucun média crédible ni aucune source officielle ne confirme par ailleurs l’existence d’un tel envoi humanitaire. Les éléments disponibles indiquent que cette image a été créée par intelligence artificielle pour illustrer un récit trompeur. Au terme de ces vérifications, rien ne permet d’affirmer que la Tunisie a récemment expédié dix ou vingt tonnes de sel vers l’Algérie en raison d’une pénurie.
H. Adryen
