Dans une analyse publiée le 17 février 2026 par le cabinet North Africa Risk Consulting (NARCO), son président Geoff D. Porter met en lumière les ressorts stratégiques du projet de gazoduc transsaharien (TSGP), relancé par le président Abdelmadjid Tebboune. Porter souligne que le chef de l’État a ordonné à Sonatrach d’entamer les travaux «dès la fin du Ramadan», marquant selon lui «un signal politique fort» en direction du Niger et du Nigeria.
Dans cette analyse, Porter insiste sur le fait que le projet «n’est ni impossible ni exempt de défis», mais qu’il demeure « techniquement faisable» et stratégiquement pertinent. Le TSGP prévoit la construction d’un pipeline de 4 130 kilomètres reliant les infrastructures gazières du Nigeria aux réseaux algériens, avant d’acheminer le gaz vers l’Europe. Sa capacité nominale est estimée à 30 milliards de mètres cubes par an.
Une dimension tripartite
Selon Porter, l’intérêt du projet réside dans sa dimension tripartite. Il permettrait d’«accroître la capacité d’exportation du gaz nigérian», d’offrir au Niger «une source d’énergie fiable» dans un contexte de précarité énergétique, et de renforcer la position de l’Algérie comme hub gazier régional. L’Algérie pourrait ainsi compenser la hausse de sa consommation intérieure tout en maintenant ses engagements à l’export.
Le gaz acheminé serait injecté dans les infrastructures existantes reliant l’Algérie à l’Europe, notamment Medgaz vers l’Espagne et TransMed vers l’Italie. Pour Porter, cette configuration rend le projet «relativement moins complexe que d’autres initiatives énergétiques comparables», puisqu’il s’appuie sur des réseaux déjà opérationnels.
Des critiques écartées
L’analyste balaie également certaines critiques. À ceux qui évoquent la menace sécuritaire au Sahel, il répond que «le gazoduc ne sera pas posé à même le sable», mais enterré, limitant ainsi sa vulnérabilité. Les stations de compression, seules infrastructures visibles, «peuvent être sécurisées» grâce à des dispositifs adaptés, précise-t-il. Il reconnaît toutefois que la question sécuritaire devra être intégrée au montage financier du projet.
Porter rappelle que le TSGP est à l’étude depuis le début des années 2000, mais estime que «beaucoup de choses ont changé en 25 ans». L’Algérie a renforcé son expérience en matière de sécurisation du territoire saharien, tandis que Sonatrach, après une période d’instabilité managériale, dispose aujourd’hui d’une direction plus stable et de capacités financières solides.
Garantir des volumes suffisants
Pour autant, l’analyste souligne que la réussite du projet dépendra de la capacité du Nigeria à mobiliser des volumes suffisants. Les installations de gaz naturel liquéfié nigérianes fonctionnent actuellement en deçà de leur potentiel, ce qui suppose, selon Porter, le développement de nouveaux gisements pour alimenter durablement le TSGP.
En définitive, conclut-il, le gazoduc transsaharien représente une opportunité stratégique majeure pour l’Algérie et ses partenaires, à condition que les arbitrages politiques, financiers et techniques convergent. À travers cette analyse, Geoff D. Porter met surtout en avant la portée géopolitique d’un projet appelé à redessiner les équilibres énergétiques entre l’Afrique et l’Europe.
Dans son analyse Geoff D. Porter revient sur la portée politique de la visite à Alger du président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, intervenue à la veille de l’annonce du lancement du gazoduc transsaharien.
Porter souligne que l’ordre donné par le président Abdelmadjid Tebboune à Sonatrach d’entamer les travaux «dès la fin du Ramadan» n’est pas anodin. Selon lui, cette décision, annoncée dans la foulée de la rencontre avec le chef de l’État nigérien, «marque un rapprochement clair entre Alger et Niamey» et confère une dimension stratégique nouvelle au projet.
Dans son analyse, l’analyste met en avant le fait que cette visite ne relève pas uniquement du protocole diplomatique. Elle s’inscrit, selon ses termes, dans une dynamique de «consolidation des relations bilatérales» autour d’intérêts énergétiques communs. Le Niger, pays de transit clé du tracé du TSGP, occupe une position centrale dans la concrétisation du projet.
Il estime que la présence du président nigérien à Alger constitue un signal politique fort, traduisant une volonté partagée d’accélérer un projet en gestation depuis plus de deux décennies. Il rappelle que le gazoduc traverserait environ 850 kilomètres de territoire nigérien, faisant de Niamey un partenaire incontournable.
Assia. M
