Pendant le mois de Ramadan, on regarde la TV algérienne. C’est une tradition installée depuis des décennies. Juste avant le ftour, dans chaque foyer, on allume la TV pour l’appel à la prière, ensuite on dîne en famille et on laisse les programmes défiler.
Le mois de Ramadan est pour ainsi dire une période phare pour l’industrie publicitaire en Algérie. Avec une audience massive devant les écrans, les annonceurs redoublent d’efforts pour capter l’attention. Pour la télévision, le Ramadhan est crucial. Le mois sacré peut représenter jusqu’à 50 % des revenus publicitaires annuels, selon les professionnels du métier.
Du point de vue des annonceurs, le mois sacré est une période capitale pour faire connaître leurs marques et construire leur image. C’est là que les annonceurs peuvent atteindre le plus grand nombre de consommateurs, toutes catégories confondues, notamment celles plus difficilement atteignables le reste de l’année. Par ailleurs, le Ramadhan s’accompagne généralement d’une augmentation significative des dépenses de consommation des ménages.
Cela offre aux entreprises la possibilité d’augmenter leurs ventes. Partant de là, les marques et agences publicitaires investissent massivement dans les campagnes de communication durant ce mois qui s’impose ainsi comme un moment stratégique pour les marques, leur offrant une opportunité unique de connexion avec leur audience.
Mise en garde de l’ANIRA
Mais derrière cette manne financière se cache aussi la problématique de la régulation. Dans un communiqué daté du lundi 2 février, l’Autorité nationale indépendante de régulation de l’audiovisuel (ANIRA), anticipant les évènements, a insisté sur le respect des lois et des normes professionnelles en matière de contenu médiatique et de communication publicitaire.
Cette mesure vise à protéger le public et à préserver les valeurs religieuses et sociales qui sont fondamentales en Algérie. Parmi ces infractions, citées par l’ANIRA, on retrouve des violations liées aux contenus diffusés, un excès de publicités et des pratiques marketing non conformes. Pour l’année 2026, l’autorité exige une application stricte des lois pour empêcher la récurrence de ces transgressions observées lors des précédents Ramadans.
La pub ne jeûne pas
Durant les premiers jours du mois sacré, les téléspectateurs ont constaté une explosion du temps publicitaire sur les chaînes de télévision. L’intrusion de la pub dans les programmes et leur volume disproportionné suscitent le mécontentement.
Suite aux audiences record des chaines de télévision durant cette période, les annonceurs investissent les espaces publicitaires en masses et sans compter, de cela découle des plages publicitaires atteignant les 20 minutes sur certains programmes.
En effet, quand le montage financier d’une œuvre repose sur l’implication d’une dizaine de sponsors et que leur spot est automatiquement diffusé à chaque épisode, cela donne des espaces publicitaires interminables imposés aux téléspectateurs. Il n’est pas, là, question de brider l’aspect marketing et publicitaire des entreprises mais juste d’avoir un regard critique et de relever l’importance du respect des dispositions légales et réglementaires relatives à la publicité audiovisuelle pour que les plages publicitaires restent dans les limites acceptables et ne perturbent pas le déroulement harmonieux des émissions et des programmes diffusés pendant le Ramadan.
La loi du marché
Au-delà de la simple promotion commerciale, les campagnes publicitaires durant le Ramadhan se doivent d’avoir une dimension sociale et culturelle. De nombreuses marques mettent en avant des valeurs telles que la famille, l’unité et la compassion, mais force est de constater que le Ramadhan, mois de spiritualité et de modération, est sous la coupe de la loi du marché, et est devenu un symbole de surconsommation médiatique et commerciale.
Cette contradiction mérite une réflexion collective, tant de la part des professionnels du secteur que des téléspectateurs. Le mois du Ramadhan, dont la philosophie originelle est fondée sur la modération et la solidarité, est devenu un mois de consommation et de spectacle.
S. Smati
