Il était à peine 11 heures et déjà les allées du Palais des expositions d’Alger, aux Pins Maritimes, ne désemplissent pas.
Paniers à la main, listes soigneusement préparées, familles et retraités arpentent les stands de la manifestation «Ramadhan au Palais», devenue, au fil des éditions, un rendez-vous incontournable pour les ménages algérois en quête de bonnes affaires durant le mois sacré.
Sous la grande verrière, les odeurs d’épices se mêlent à celles du café fraîchement moulu. Les étals débordent de divers produits agricoles. De tomates rouges à 70 DA le kilo, de courgettes cédées à 80 DA, de pommes de terre, dont le prix oscille entre 50 et 60 DA, et d’oignons au même prix que la tomate. Ou encore, et c’est très abordable pour les petites bourses, les régimes de bananes sont proposés à 360 DA/kg, bien en dessous des 500 DA souvent constatés dans certains marchés de la capitale.
«Ici, on respire côté budget»
Rachid, père de trois enfants, remplit méthodiquement son chariot. «Chaque année, je viens dès les premiers jours. On peut faire les grosses courses de Ramadhan sans craindre les mauvaises surprises à la caisse», confie-t-il. Devant le stand de légumes, il compare, vérifie, choisit lui-même ses produits. «Ce qui est appréciable, c’est le contact direct avec le producteur. On voit ce qu’on achète», se réjouit-il.
Leïla, habituée des lieux, abonde dans le même sens. «Les prix sont raisonnables et il y a de la variété. Je peux acheter mes légumes, mes épices, puis passer aux ustensiles de cuisine sans quitter le salon», dit-elle, soulignant que l’initiative permet «d’alléger un peu la pression» sur le budget familial en ce début de Ramadhan.
Forte affluence au pavillon «rouge»
Au pavillon des viandes, l’affluence est notable. Les files s’allongent devant les comptoirs frigorifiques. Le bœuf brésilien s’affiche à 1 050 DA, tandis que l’agneau importé d’Espagne est proposé à 2 180 DA le kilogramme. Un boucher, tablier blanc impeccablement noué, se veut rassurant : «Nous sommes approvisionnés quotidiennement. Les clients cherchent la qualité, mais aussi la stabilité des prix. Ici, ils savent à quoi s’attendre», dit-il, affirmant avoir constaté une hausse des achats de viande hachée et de morceaux destinés aux plats traditionnels servis à l’iftar.
Les fromages artisanaux, la nouveauté de cette édition
Un peu plus loin, les stands des fromages artisanaux attirent les amateurs de produits locaux. Tommes affinées, fromages frais, ricotta et pâtes molles s’alignent sous les regards curieux. Un des producteurs explique : «Participer à Ramadhan au Palais nous permet de vendre directement, sans intermédiaire.
Le consommateur goûte, pose des questions, découvre que le fromage local peut rivaliser avec celui importé.» Selon lui, les ventes progressent surtout à l’approche des soirées familiales. «Les gens composent des plateaux pour après la prière des tarawih. On sent une vraie valorisation du produit national», commente-t-il.
Surgelés et produits phares de la cuisine ramadhanesque
Au rayon des surgelés, les crevettes s’écoulent à 900 DA/kg, contre 1 100 DA l’année dernière. Une vendeuse affirme que «les petits pois, les pois chiches et les feuilles de brick partent très vite», car, souligne-t-elle, «les familles préparent le bourek dès les premiers jours».
Dans l’espace réservé aux huiles, la margarine spéciale pâte feuilletée et le smen (900 DA les 1,8 kg) figurent parmi les produits vedettes. Les épices, notamment le ras el-hanout et le piment rouge cédé à 1 400 DA/kg (contre 1 700 DA hors salon), parfument l’air ambiant. Les amateurs de café ne sont pas en reste.
Robusta et mélanges Robusta-Arabica sont proposés en grains ou moulus. Un exposant évoque même «un projet pilote de culture de café vert lancé à Larbaâ, dans la wilaya de Blida», signe d’une volonté d’explorer de nouvelles pistes de production nationale.
Électroménager de la partie
Si l’alimentaire domine, les stands d’électroménager et d’ustensiles ne désemplissent pas. Hamida inspecte un hachoir à viande avant de se diriger vers les téléviseurs fabriqués localement (Condor, Iris, Enie) en promotion. «Ramadhan, c’est aussi le moment où l’on reçoit. J’ai profité des réductions pour renouveler certains appareils», dit-elle.
Barquettes en aluminium, papier cuisson, emballages alimentaires et produits d’entretien complètent les chariots. Les exposants multiplient les remises pour séduire une clientèle attentive à chaque dinar dépensé.
Un outil de régulation du marché
Organisée par Algeria Exhibitions, filiale du groupe Safex, la manifestation rassemble plus de 50 exposants pour cette édition 2026. Ouvert quotidiennement de 10h à 17h et appelé à se poursuivre jusqu’à la fin du mois de mars, le Salon s’inscrit dans une démarche plus large de régulation du marché durant le Ramadhan.
En favorisant la vente directe du producteur au consommateur,
«Ramadhan au Palais» ambitionne de soutenir le pouvoir d’achat et de limiter la spéculation sur les produits de base. Les marchés de proximité mis en place pour le mois sacré viennent renforcer ce dispositif. Depuis sa première édition en 2021, l’événement a gagné en ampleur.
À voir l’affluence enregistrée dès les premiers jours, tout porte à croire que «Ramadhan au Palais» s’impose désormais comme une étape quasi obligée pour de nombreuses familles algériennes, entre quête d’économies, soutien au produit national et préparation minutieuse d’un mois placé sous le signe du partage.
I. Khermane
