Si les avancées sont concrètes sur le plan sécuritaire, le dialogue politique reste pour l’instant en suspens.
Alors que tout semblait totalement rompu entre l’Algérie et la France, comme le mentionnait, à juste titre, il y a deux semaines, la présidente de l’Association d’amitié Algérie-France, Ségolène Royal, en visite en Algérie, le dialogue, même partiel, s’est de nouveau enclenché avec la visite du ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez.
Aujourd’hui, on sait un peu plus sur les raisons pour lesquelles le ministre français est venu en Algérie, en mettant de côté les trois conditions qu’il avait posées comme préalable à sa visite. Selon un membre de son entourage, Nuñez aurait apprécié les avancées réalisées dans le dossier sécuritaire avec l’Algérie.
«Ces derniers mois, il y a eu des contacts sécuritaires et des réunions entre spécialistes sur les questions de circulation et d’immigration», indique une source proche du dossier.
«Sur la base de ces conversations, le ministre a jugé que c’était le moment d’aller à Alger et de répondre à l’invitation de son homologue.»
Depuis que la France a changé de ministre de l’Intérieur – Bruno Retailleau, partisan du bras de fer avec Alger, ayant cédé sa place à l’ancien préfet de police et directeur de la DGSI – la relation avec Alger s’est progressivement améliorée, pour finalement déboucher sur cette visite longtemps attendue par les deux camps, afin de désamorcer les tensions apparues depuis plusieurs mois.
Nuñez a été finalement reçu en haut lieu. En effet, cette rencontre n’était pas prévue au début de sa visite et n’était pas certaine jusqu’au dernier moment. Même lui ne savait pas qu’il allait être reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et avait à peine esquissé une réponse lorsqu’on lui posa la question avant son départ pour Alger : «Je verrai bien ce qu’il se passe sur place.»
Cette rencontre a peut-être permis de réduire la tension bilatérale en relançant la coopération sécuritaire de haut niveau, notamment dans la lutte antiterroriste et sur d’autres aspects liés au terrorisme au Sahel, où l’Algérie dispose d’un potentiel d’informations important. Nuñez est reparti à Paris, satisfait des résultats obtenus sur le plan sécuritaire, mais le dialogue politique devra encore attendre.
Avant son voyage à Alger, Nuñez avait précisé qu’il venait discuter de «toutes les questions de sécurité», en particulier la lutte anti-terroriste, domaine dans lequel l’Algérie joue un rôle stratégique, étant frontalière de plusieurs pays du Sahel. Le ministre avait également évoqué le narcotrafic et le sujet sensible des réadmissions, c’est-à-dire le retour de ressortissants algériens en situation irrégulière en France. «Ma visite en Algérie pourrait ouvrir une nouvelle page dans le dialogue», avait-il annoncé avant son départ.
Il avait souligné que la stratégie de confrontation avec l’Algérie «n’était pas efficace et n’avait donné aucun résultat», indiquant que «toute la journée de lundi» avait été consacrée à des réunions pour «reprendre des relations de sécurité normales», avec la volonté de «les densifier» sur les volets judiciaire, policier et du renseignement». Cette relance concerne notamment le dossier sensible des expulsions de ressortissants algériens en situation irrégulière en France.
Nuñez a indiqué que le président Tebboune avait demandé à ses services de travailler avec la France afin d’«améliorer significativement nos coopérations, notamment en matière de réadmissions». Il a assuré que cette reprise allait «se mettre en place dans les plus brefs délais» et «se poursuivre à très haut niveau».
H. Adryen
