Le ministre des Finances a détaillé la «feuille de route» pour la refonte du soutien public.
Le gouvernement compte franchir une étape décisive dans la réforme du système de subventions. L’objectif est de passer d’un soutien universel à un dispositif ciblé, garantissant que l’aide exclusivement aux ménages les plus vulnérables ou les plus démunis.
Aujourd’hui encore les transferts sociaux profitent à toutes les catégories sans exception aucune. En effet, l’Algérie alloue bon an, mal an près de 6.000 milliards de DA aux transferts sociaux, incluant d’importantes subventions pour les produits de première nécessité (céréales, lait, eau, énergie) et des aides spécifiques comme la prime de chômage et les pensions.
Ces aides vont aux subventions des produits de consommation, plus de 659 milliards de DA, incluant les céréales (349 milliards DA), le lait (100 milliards de DA), l’eau dessalée (88 milliards de DA), le soutien à l’énergie (23 milliards de DA) et la stabilisation des prix (sucre, huile) (100 milliards DA). Ces chiffres montrent une volonté de maintenir un filet de sécurité sociale important tout en stimulant l’économie à travers l’investissement productif. Mais la donne va complètement changer dès l’approbation de la nouvelle réforme que le ministère des Finances entend engager prochainement.
Dans une réponse écrite adressée à un député, le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, a détaillé la «feuille de route» pour la refonte du soutien public. Cette réforme, repose sur une «transition progressive» vers des transferts monétaires directs au profit des familles éligibles.
Critères d’éligibilité
Pour mener ce chantier d’envergure, une structure dédiée a été mise en place composée d’un comité de pilotage placé sous l’autorité du ministre des Finances, d’un comité stratégique et de sept commissions techniques chargées des aspects juridiques, réglementaires, informatiques et communicationnels.
Le succès de cette réforme repose impérativement sur l’achèvement de la transformation numérique.
Le gouvernement mise sur l’interconnexion des bases de données de plusieurs secteurs clés à savoir la Solidarité nationale et les caisses de Sécurité sociale, l’administration fiscale et le Registre du commerce et les services de l’État civil. Ce maillage numérique permettra d’«établir un diagnostic précis» de la situation socio-économique des foyers. Les critères d’éligibilité seront définis selon des paramètres objectifs tels que le revenu, le statut professionnel, la situation sociale et le pouvoir d’achat réel.
Le ministre a insisté sur le caractère graduel de la démarche. La révision des prix des produits subventionnés «ne se fera qu’en parallèle avec l’activation du programme de compensation monétaire» dit-il. Cette approche vise à préserver le pouvoir d’achat des classes moyennes et fragiles, à garantir la stabilité du marché et lutter contre l’inflation et à améliorer la gouvernance financière de l’État en rationalisant les dépenses publiques.
Le caractère social de l’Etat
Inscrit dans l’article 188 de la loi de Finances 2022, ce projet dépasse la simple aide sociale. Il s’inscrit dans une vision économique globale visant à encourager la concurrence, préserver les ressources naturelles et soutenir la transition énergétique, tout en luttant contre les gaspillages et les doubles bénéfices indus. En conclusion, le ministre des Finances a réaffirmé l’engagement de l’État à maintenir son caractère social tout en assurant la pérennité des finances publiques, à travers une approche participative impliquant l’ensemble des acteurs économiques et sociaux.
Par ailleurs, une nouvelle aide sociale a été mise en place à partir de cette année pour soutenir les plus démunis. Deux nouvelles aides financières directes, sous forme d’allocation forfaitaire de solidarité, ont été instaurées par le décret exécutif n° 24-325. Ces aides sont assorties de conditions strictes et visent à améliorer le quotidien de certaines catégories de la population.
M.T
