La Kabylie, par la voix de ses enfants les plus illustres, a choisi son camp : celui de l’Algérie une et indivisible, fidèle à son histoire de résistance et tournée vers un avenir commun
Dans un coup d’arrêt retentissant, les autorités françaises ont interdit, pour des raisons de sécurité, le rassemblement que le Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie (MAK) comptait tenir, hier, au Palais des Congrès de Versailles.
L’objectif avoué de cette rencontre était de proclamer une prétendue « indépendance » de la Kabylie vis-à-vis de l’Algérie. Cette décision du préfet des Yvelines anéantit les plans d’un mouvement séparatiste, qui utilisait depuis des années le territoire français comme plate-forme pour un projet largement rejeté en Algérie même.
Cette interdiction survient alors qu’une lame de fond patriotique submergeait déjà l’Algérie, unissant dans un rejet catégorique personnalités politiques, intellectuels, artistes et société civile de toutes les régions, et singulièrement de Kabylie. L’annonce provocatrice de Ferhat Mehenni, chef du MAK, avait en effet déclenché une vague d’indignation, révélant l’abîme qui sépare ses velléités séparatistes de l’attachement viscéral des Kabyles à leur patrie algérienne.
Le cri du cœur de la Kabylie authentique
Les réactions les plus poignantes sont venues de l’intérieur même de la Kabylie. Noureddine Aït Hamouda, fils du chahid Amirouche, a rompu publiquement avec Ferhat Mehenni après quarante ans de combat commun pour la culture amazighe et les droits de l’homme.
Dans une lettre ouverte d’une rare densité émotionnelle, il interroge, amer : « Comment un militant qui était présenté comme un « moudjahid de la chanson » peut-il oser proclamer l’indépendance d’une région entière depuis le cœur de la capitale française ? ».
Il rappelle le patrimoine de résistance inaliénable de la Kabylie, de la révolue des Mokrani en 1871 à la guerre de Libération nationale, dont elle fut un bastion.
Pour Aït Hamouda, la trahison est consommée lorsque Mehenni agite le drapeau sioniste dans les rues de Paris, recevant « le soutien de l’entité sioniste, du Makhzen et de l’extrême droite française ».
Ce sentiment est partagé par Ramdane Youcef Taazibt, figure du Parti des Travailleurs et défenseur historique de l’amazighité. Il affirme avec force : « Je suis un Algérien de la région de Kabylie » et personne n’a mandaté le MAK pour parler en son nom.
Il retrace le fil rouge de l’Histoire : « L’unité des Algériens, Amazighs et Arabes, a été le secret qui leur a permis de vaincre le colonialisme ». Il dénonce un mouvement devenu « un instrument pouvant être utilisé par des forces impérialistes » pour fragiliser la souveraineté algérienne.
L’union contre la division
La société civile et le monde culturel ont amplifié ce rejet. La coordination des zaouïas de Tizi-Ouzou a qualifié l’initiative du MAK de « haute trahison » et d’« appels empoisonnés ».
Dans un geste symbolique fort, l’artiste kabyle de renom, Rabah Asma, a stoppé net son concert à Lille (France) lorsqu’un drapeau séparatiste a été brandi. « Enlevez ce drapeau. Vive l’Algérie pour laquelle des hommes se sont sacrifiés… Personne ne peut diviser l’Algérie », a-t-il lancé sous les applaudissements, offrant une scène qualifiée de « référendum populaire » par l’historien Mohand Arezki Ferrad.
Cet élan unitaire s’est cristallisé dans un long communiqué signé par un large panel d’intellectuels, de journalistes comme Mohamed Iouanoughen, et de chercheurs tels que Nacer Djabi.
Ils y rappellent que « le combat de la culture amazighe en Algérie a toujours été un combat national, démocratique et culturel, et non séparatiste ». La Kabylie, soulignent-ils, a toujours contribué à bâtir l’Algérie, jamais à la défaire. Les partis politiques, du RCD à d’anciens cadres du mouvement culturel amazigh comme El Hadi Ould Ali, ont tous réaffirmé que l’identité amazighe s’épanouit dans le cadre de l’État-nation algérien, et non contre lui.
Un projet sans base, un leader discrédité
Les analystes s’accordent à dire que le projet du MAK est un « non-sens » historique et politique. Le chercheur Lakhdar Rabah le qualifie de « non viable », notant l’attachement indéfectible des Kabyles à l’unité nationale. La crédibilité de Ferhat Mehenni est, aux yeux de beaucoup, irrémédiablement entachée par ses alliances contre-nature et ses condamnations par contumace en Algérie. Son soutien affiché à l’entité sioniste, notamment lors de marches à Paris en 2023, et ses tentatives répétées de diaboliser l’Algérie sur la scène internationale, l’ont isolé et rendu antipathique à la majorité de ceux dont il prétend parler.
L’interdiction française, si elle est motivée par des considérations d’ordre public, tombe à point nommé. Elle prive le MAK de la vitrine médiatique qu’il convoitait et renvoie son projet à sa réalité : une opération marginale, exilée, en contradiction totale avec la volonté du peuple qu’elle prétend libérer. Elle confirme aussi une évidence : la question amazighe, désormais consacrée par une Constitution qui en fait une langue nationale et officielle, se règle en Algérie, par les Algériens, dans le respect de l’unité du pays.
Alors que la date du 14 décembre passe sans fracas, elle aura au moins servi à cela : révéler, une fois de plus, la résilience du lien national algérien et l’échec patent de ceux qui, de l’extérieur, fantasment sa fragmentation. La Kabylie, par la voix de ses enfants les plus illustres, a choisi son camp : celui de l’Algérie une et indivisible, fidèle à son histoire de résistance et tournée vers un avenir commun.
Le mur de rejet dressé face au MAK est plus éloquent que toute proclamation. Il sonne le glas d’une velléité sans avenir et célèbre la vitalité d’une nation unie dans sa diversité.
Assia M.
