Historiens et moudjahidines sont unanimes : les manifestations du 11 décembre 1960 représentent un tournant décisif dans la lutte de libération.
L’Algérie commémore aujourd’hui le 65ᵉ anniversaire des manifestations du 11 décembre 1960, l’un des épisodes les plus marquants de la lutte pour l’indépendance.
À l’occasion d’un forum organisé hier, par le quotidien El Moudjahid, historiens et moudjahidines sont unanimes : les manifestations du 11 décembre 1960 représentent un tournant décisif dans la lutte de libération. Elles ont agi comme un «référendum populaire» en faveur de l’indépendance, révélant l’unité indéfectible du peuple derrière le FLN et l’Armée de libération nationale (ALN).
L’écrivain Saddek Bekhouch rappelle que ces événements ont « prouvé à l’opinion internationale que la Révolution était portée par la totalité du peuple algérien», déjouant ainsi la propagande française qui tentait de présenter la lutte armée comme le fait d’une minorité.
Il a rappelé que la tournée du Général de Gaulle à travers l’Algérie -commencée à l’Ouest et achevée précipitamment à Annaba le 13 décembre- s’est soldée par un échec retentissant. Les manifestations, qui se multipliaient au fil de son périple, rendaient impossible toute tentative de rétablir une »troisième force» locale favorable à son projet.
Contrairement à certaines interprétations, les manifestations n’avaient rien de spontané. Selon le moudjahid Boualem Chérifi, elles furent minutieusement coordonnées depuis les quartiers populaires d’Alger, notamment la Casbah, Belcourt, El Madania et El Harrach, sous la direction des responsables de la sixième zone rattachée à la wilaya IV historique.
Parmi eux, Bousmaha et Rouchai Boualem, jouèrent un rôle central dans l’encadrement du mouvement. Parties de Belcourt, les vagues de protestation s’étendirent rapidement à d’autres secteurs de la capitale, mais aussi à de nombreuses villes du pays, illustrant la cohésion nationale et la détermination du peuple à rejeter définitivement toute tutelle coloniale. La large couverture médiatique assurée par la presse étrangère accréditée en Algérie contribua à amplifier l’impact du soulèvement.
Les images des cortèges pacifiques réprimés dans le sang firent le tour du monde, révélant l’ampleur du soutien populaire à la cause indépendantiste. Sur le plan diplomatique, cet évènement joua un rôle crucial. Le 20 décembre 1960, l’Assemblée générale des Nations unies adopta une résolution historique reconnaissant au peuple algérien son droit à l’autodétermination et à l’indépendance, appelant également à l’ouverture de négociations entre Alger et Paris.
Algérie algérienne
Les journées d’insurrection populaire, réprimées dans le sang par l’armée coloniale française, ont effectivement profondément bouleversé le cours de la Révolution et projeté la cause algérienne au premier plan de la scène internationale. Le 11 décembre 1960, répondant à l’appel du Front de libération nationale (FLN), les Algériens envahirent pacifiquement les rues des principales villes du pays.
Leur objectif, ils entendaient réaffirmer leur rejet catégorique du projet de «troisième voie» défendu par le général de Gaulle, qui prônait une formule ambiguë de «l’Algérie algérienne», destinée à maintenir le pays sous orbite française.
Les Algériens ont lancé une vaste vague de manifestations pacifiques à travers le pays, brandissant les drapeaux nationaux et scandant : «Vive l’Algérie musulmane», «Non à la division de l’Algérie», ou encore «Libérez les détenus». Face à cette mobilisation populaire inédite, La réaction coloniale fut immédiate et d’une extrême violence : chars, mitrailleuses, tirs à balles réelles, bombardements et arrestations massives. Des centaines de manifestant sont été tués -plus de 400 selon des témoignages de moudjahidine- et des milliers d’autres arrêtés et jetés dans des camps où les conditions étaient inhumaines.
I. K.
