En rappelant les 15 millions de victimes africaines du passé, l’ONU dénonce une crise actuelle alimentée par la pauvreté, les conflits et les trafics humains.
Par Samir Méhalla
À l’occasion de la Journée internationale pour l’abolition de l’esclavage, les Nations unies rappellent que l’esclavage n’appartient pas qu’aux archives de l’humanité, mais demeure une «crise contemporaine implacable». Un message puissant qui résonne bien au-delà de la seule mémoire historique.
Le discours du SG souligne d’abord le tribut colossal payé par l’Afrique, où «plus de 15 millions d’hommes, de femmes et d’enfants furent capturés, enchaînés et vendus», laissant derrière eux des «cicatrices douloureuses» encore perceptibles aujourd’hui dans les inégalités systémiques héritées de cette déshumanisation massive. Cette mémoire n’est pas seulement un devoir moral : elle éclaire les fondements des fractures sociales actuelles. Mais l’essentiel du message porte sur l’urgence du présent. Quelque 50 millions de personnes vivent aujourd’hui sous des formes d’esclavage moderne, chiffre vertigineux rappelé avec gravité. Travail forcé, mariage forcé, exploitation sexuelle, servitude domestique, réseaux de traite : autant de réalités qui continuent d’ «ôter leurs droits et leur humanité» à des millions de victimes, en particulier femmes et enfants.
Le secrétaire général décrit des mécanismes d’exploitation qui s’alimentent de toutes les vulnérabilités contemporaines: pauvreté extrême, discriminations, migrations forcées, conflits armés, catastrophes environnementales. Autant de brèches dans lesquelles s’engouffrent criminels et trafiquants, transformant la détresse en marchandise. Face à cette spirale, l’appel est clair : une mobilisation coordonnée des gouvernements, des entreprises, de la société civile et des syndicats. Il ne s’agit plus seulement d’indignation morale, mais d’action structurée : offrir «un véritable accès à la justice», garantir des compensations, assurer la réhabilitation et la restitution, et surtout protéger durablement les victimes pour qu’elles «ne souffrent plus». L’année 2026 marquera les cent ans de la Convention sur l’esclavage. Un centenaire que le discours érige en avertissement : l’engagement de 1926 ne doit pas rester symbolique.
“Nous devons agir avec la même détermination”, insiste-t-il, rappelant qu’un monde fondé sur la liberté, la dignité et la justice «n’est pas seulement possible – il est notre responsabilité partagée». À l’heure où les chaînes ont changé de forme mais non de nature, ce message sonne comme une injonction à la lucidité collective — et à la mobilisation.
S. M.
