Cette redistribution des cartes au sein du corps des walis permettra-t-elle réellement d’accélérer la dynamique de réforme annoncée ?
Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a procédé, lundi soir, à un mouvement partiel dans le corps des walis et walis délégués, conformément à l’article 92 de la Constitution. Un mouvement qui, bien qu’inscrit dans la routine de la gestion territoriale, ne manque pas de soulever des interrogations sur les motivations profondes et les signaux qu’il renvoie à quelques mois de la rentrée politique et sociale.
Selon le communiqué de la présidence de la République, ce remaniement touche une quinzaine de responsables territoriaux. Si certains walis ont simplement été mutés, à l’image de Foudil Douifi transféré de Laghouat à Adrar, ou encore de Samir Chibani passant d’Oran à Guelma, d’autres ont vu leurs fonctions prendre fin, à commencer par Mustapha Koreich, jusque-là wali de Mila. Une décision qui ne passe pas inaperçue dans un contexte où la performance des responsables locaux est de plus en plus scrutée à l’aune des attentes des citoyens et des objectifs fixés par le gouvernement.
Officiellement, ces mouvements visent à insuffler une nouvelle dynamique à la gestion locale, à renforcer la présence de l’État sur le terrain et à améliorer la réactivité des walis face aux urgences économiques et sociales. Toutefois, le timing et la nature de certaines mutations invitent à la réflexion. Pourquoi mettre fin aux fonctions de certains responsables alors que d’autres sont simplement redéployés ? La question se pose d’autant plus que ce mouvement survient à un moment où plusieurs wilayas connaissent des défis majeurs : relance économique post-crise, projets d’infrastructures en attente, et pressions sociales croissantes.
Les changements opérés à la tête de grandes wilayas comme Oran, Blida ou Annaba traduisent peut-être une volonté de «remettre de l’ordre» dans des territoires stratégiques où les ambitions locales et les intérêts économiques sont souvent sources de tensions. Le cas de Blida, confiée désormais à Djamel Hashas, ou celui d’Oran, attribuée à Brahim Ouchene, symbolise cette volonté d’apporter une gestion plus équilibrée dans des zones économiquement sensibles.
Un message de rigueur
La fin de fonction de Mustapha Koreich à Mila, ainsi que celle de Mahfoud Bouzertit, wali délégué de Chéraga, suscite particulièrement l’attention. Ces décisions semblent indiquer une évaluation interne des performances et une exigence accrue de résultats. Le président Tebboune a, à plusieurs reprises, insisté sur la responsabilité personnelle des walis dans la mise en œuvre des projets publics, la lutte contre la bureaucratie et la proximité avec les citoyens.
Ce mouvement partiel pourrait ainsi s’inscrire dans une démarche de redressement administratif, cherchant à sanctionner les défaillances et à encourager les gestionnaires les plus performants. Il s’agit, selon certains observateurs, d’une stratégie visant à replacer des cadres réputés pour leur efficacité dans des postes clés, tout en se séparant de ceux dont les bilans sont jugés mitigés.
La nomination de plusieurs jeunes cadres issus des circonscriptions administratives et des secrétariats généraux de wilayas, à l’image de Noureddine Refsa (nommé wali d’In Guezzam) ou de Mahrez Mameri (nouveau wali délégué de Dar El Beïda), traduit aussi une volonté de renouveler les élites administratives. Le pouvoir central semble privilégier des profils ayant une meilleure connaissance du terrain, capables d’appliquer plus efficacement les directives présidentielles en matière de développement local.
Reste à savoir si cette redistribution des cartes au sein du corps des walis permettra réellement d’accélérer la dynamique de réforme annoncée. Au-delà des mutations et des nominations, c’est la question de la stabilité administrative et de la continuité de l’action publique qui demeure cruciale. Les changements fréquents peuvent parfois retarder les projets en cours et brouiller la visibilité des politiques locales.
Ce mouvement partiel, s’il s’inscrit dans la continuité de la politique de réajustement périodique menée par le président Tebboune, envoie néanmoins un signal clair : la tolérance vis-à-vis de la lenteur, de la négligence ou du manque de résultats n’a plus sa place dans l’administration locale. Le message est sans équivoque — servir l’État, c’est avant tout rendre des comptes.
Assia M.
