Par R. M.
On l’appelle «offre de paix». En réalité, c’est une reddition maquillée. Ce qui se prépare pour Ghaza n’est pas une sortie de guerre, mais une mise sous tutelle. Un protectorat à l’ancienne, habillé du vocabulaire de la modernité.
D’un côté, une «régence» financée par les pays arabes, sommés de payer l’addition et de fournir les troupes de maintien de l’ordre. De l’autre, l’entité israélienne qui conserve la mainmise sur la sécurité. Et au-dessus de tout cela, les États-Unis et la Grande-Bretagne, autoproclamés garants, véritables administrateurs d’une enclave réduite au rôle de zone sous surveillance.
Ce que Netanyahou n’a pas arraché en deux ans de massacres, Donald Trump prétend l’obtenir en un trait de plume : offrir à cette entité la victoire stratégique que l’armée n’a pu imposer par la force. Et il ose appeler cela une «solution». En vérité, c’est une dépossession programmée. Washington et Londres garderont les clés du territoire, tandis que les pays arabes, réduits au rôle de bailleurs contraints et supplétifs dociles, devront financer et encadrer cette régence coloniale.
Ne nous trompons pas de mots : il s’agit bien d’un protectorat 2.0.
Les puissances décident, les voisins exécutent, l’entité sioniste contrôle. Ghaza deviendrait alors une enclave gérée comme on administre un camp retranché.
L’histoire se répète. Hier, on parlait de «mission civilisatrice» pour justifier les mandats coloniaux, aujourd’hui on évoque «stabilisation» et «reconstruction».
Les termes changent, l’arrogance demeure : nier la souveraineté d’un peuple au nom d’un ordre imposé.
Mais l’histoire nous enseigne aussi que les paix nées de l’humiliation sont des paix mortes-nées. Les protectorats fabriquent des silences, jamais des solutions. Ghaza risque d’entrer dans une nouvelle ère : celle d’un asservissement sous uniforme étranger. Une paix de façade, bâtie sur la dépossession, et une bombe à retardement politique qui, tôt ou tard, explosera.
Car aucune équation sécuritaire, aucune tutelle étrangère, ne pourra éteindre la question centrale : le droit des Palestiniens à un État libre et souverain. Tant que ce droit sera refusé, aucune «offre de paix» ne sera autre chose qu’un mensonge.
S.M.
