Dans Le Journal du Dimanche, l’ex-ambassadeur Xavier Driencourt s’acharne une fois encore contre l’Algérie, maquillant ses rancunes personnelles en plaidoyer politique. Derrière son discours sur la «réciprocité des visas» se cache la vieille obsession coloniale d’un fonctionnaire frustré.
Par Rédaction de Crésus
Dans ses pages «Opinions & Controverses» du 28 septembre 2025, Le Journal du Dimanche ouvre grand ses colonnes à Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France à Alger, désormais reconverti en polémiste professionnel, accompagné de l’ex-directeur général de la police aux frontières, Fernand Gontier. Leur texte commun, intitulé «Immigration algérienne : pourquoi il est temps d’appliquer la règle de la réciprocité», se présente comme une réflexion diplomatique. En réalité, il s’agit d’une diatribe haineuse, obsédée, où se dévoile le visage d’un haut fonctionnaire aigri, incapable de digérer son échec diplomatique et sa frustration personnelle vis-à-vis de l’Algérie.
Driencourt part d’un constat simpliste et brutal : la France délivrerait chaque année 250 000 visas aux Algériens, tout en se heurtant au refus d’Alger de reprendre ses ressortissants en situation irrégulière. De ce constat, il tire une conclusion binaire et revancharde : réduire drastiquement les visas, fermer les portes et «appliquer la réciprocité». Derrière ce slogan creux, il s’agit en réalité d’un discours de fermeture, de rejet et d’humiliation ciblant une seule communauté : les Algériens.
Le texte multiplie les amalgames. Les auteurs comparent l’Algérie à un pays qui violerait ses obligations internationales, alors que la réalité est bien plus complexe, liée à des procédures bilatérales, à la souveraineté et à l’histoire coloniale. Mais cette complexité, Driencourt la balaie d’un revers de la main. Il préfère le vocabulaire martial : «refus systématique», «illégaux», «expulsions non exécutées», comme si l’Algérie n’était qu’un problème sécuritaire. Ce glissement de langage n’est pas innocent : il installe dans l’imaginaire collectif l’idée que chaque Algérien est suspect, chaque visa un danger, chaque étudiant ou travailleur potentiel un clandestin en puissance.
L’article du JDD révèle ainsi une logique profondément discriminatoire, en contradiction avec les principes universels que la France prétend défendre. Driencourt instrumentalise la question migratoire pour nourrir une campagne de haine, où l’Algérie devient le bouc émissaire commode d’un fonctionnaire en mal de reconnaissance. Ses livres, ses tribunes, ses interviews recyclent toujours la même rengaine : Alger serait coupable de tous les maux, l’Algérie incapable de coopération, les Algériens indésirables. Ce ressassement obsessionnel n’a plus rien de diplomatique, il relève d’une rancune personnelle, d’une vision «racialisée» des relations internationales.
En filigrane, ce discours racoleur s’inscrit dans une tradition coloniale. Exiger la «réciprocité» dans le traitement des visas, c’est oublier que les flux humains entre la France et l’Algérie ne sont pas équilibrés, mais hérités d’une histoire faite de domination, de pillage et d’exil forcé. C’est refuser de voir que des millions d’Algériens ont été arrachés à leur terre, envoyés comme soldats, ouvriers ou travailleurs précaires dans l’Hexagone, souvent sans reconnaissance.
Aujourd’hui encore, les diasporas entretiennent des liens familiaux, économiques, culturels indestructibles entre les deux rives. Réduire cela à une mécanique de «quotas» est d’une pauvreté intellectuelle effrayante.
Le plus inquiétant reste la caution médiatique.
En offrant une tribune sans contradiction, Le Journal du Dimanche cautionne implicitement un discours d’exclusion. On feint de parler «d’équilibre» ou de «respect mutuel», mais en vérité on assiste à une criminalisation médiatique d’une immigration ciblée. Si d’autres pays sont concernés par des refus de laissez-passer, pourquoi focaliser le tir exclusivement sur l’Algérie ? La réponse est claire : parce qu’il y a derrière ce discours un fond idéologique, un mépris culturel, une revanche postcoloniale.
Driencourt, qui se pose en donneur de leçons, n’est plus un diplomate raté. C’est un militant d’extrême dureté, recyclant ses échecs personnels en pamphlets haineux. Sa plume trahit moins une réflexion d’État qu’un règlement de comptes intime, trempé dans l’amertume. Loin d’incarner l’intérêt français comme il le prétendrait, il incarne le repli, le rejet et une obsession maladive pour l’Algérie.
Cette tribune du JDD n’apporte rien au débat, si ce n’est une dose supplémentaire de ressentiment. Elle illustre surtout le naufrage moral d’un homme et d’un courant politique qui, après avoir échoué à rapprocher les peuples, préfère aujourd’hui les dresser les uns contre les autres.
R.C.
