Discret vis-à-vis de ses ministres depuis quelque temps, le président Tebboune semble irrité de constater que les missions assignées ne répondent pas aux exigences fixées. Pour le chef de l’État, le contraste est saisissant entre les données officielles qui lui sont transmises lors des réunions de suivi et la réalité sur le terrain.
En plus des importantes décisions prises, s’ajoute désormais une évaluation sans complaisance, fondée sur l’obligation de résultats. Le président Tebboune veut des ministres performants, au service exclusif du bien-être du peuple.
À l’occasion de sa rencontre avec le nouveau gouvernement conduit par Sifi Ghrieb, il a ainsi instruit ses membres «d’accomplir les missions confiées avec une grande rigueur», ordonnant la préparation d’exposés et de plans d’action sectoriels qui devront être présentés lors des prochaines réunions du Conseil des ministres. La mise en garde est directe et sans équivoque : ceux qui ne seront pas au diapason ou qui freineront l’exécution des décisions gouvernementales seront publiquement désavoués. Le chef de l’État veut un gouvernement d’action ! En un mot, les ministres seront pointés du doigt et comptables devant leurs pairs s’ils n’adhèrent pas ou rechignent à accomplir leurs missions.
Gouverner par l’efficacité
Plus loin, le président Tebboune a demandé à son équipe gouvernementale de «relancer le travail du gouvernement avec efficacité et efficience, chacun dans son domaine de compétence, et à travers une action de terrain pour la gestion des affaires publiques». Ce qui était reproché à l’ancien exécutif ne devrait donc plus se reproduire. Dans la foulée, il a appelé à «tirer les enseignements des expériences passées et aller de l’avant en s’appuyant sur les approches ayant démontré leur efficacité», afin de gagner en crédibilité auprès de l’opinion publique et de renforcer le front interne par des solutions durables.
Le président a insisté sur la nécessité de «placer les citoyens et leurs préoccupations au centre des priorités dans les plans d’action», rappelant que le sujet concerne en premier lieu la cherté de la vie et le bien-être du citoyen. Cette sortie sonne comme une volonté de prendre l’opinion publique à témoin. Les Algériens vivent, en effet, depuis plusieurs mois une forte tension liée à l’inflation : flambée des prix des produits de large consommation, des légumes, de la viande rouge et blanche, sans parler du poisson devenu inaccessible pour la majorité.
Dans ce cadre, le président de la République a enjoint le gouvernement à assurer une coordination préalable avec le Premier ministre, en tant que trait d’union essentiel de l’action gouvernementale. Ce dernier a aussitôt relayé la directive, déclarant à la presse, au terme de sa récente visite à Jijel, que «la mission du gouvernement actuel est de servir le peuple», conformément aux instructions du président. Il a précisé que «le travail se fera sur le terrain, en s’appuyant sur le langage des chiffres». Or, les chiffres, justement, faisaient défaut aux précédents gouvernements, qui peinaient à communiquer de manière transparente et rigoureuse.
Des ministres attendus sur le terrain
Désormais, les ministres devront descendre sur le terrain, s’imprégner des réalités, évaluer et suivre leurs projets tout en restant à l’écoute des populations. Message reçu, semble-t-il. Les membres du gouvernement multiplient depuis quelques jours les déplacements. Certains affichent largement leur présence sur les réseaux sociaux ou dans les médias, tandis que d’autres agissent avec plus de discrétion.
Dimanche, le Premier ministre s’est ainsi rendu à Jijel pour inaugurer le complexe agroalimentaire Kotama Agrifood. Le ministre de la Communication, celui des Travaux publics, de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, ainsi que ceux de la Solidarité nationale et de l’Agriculture ont également multiplié les activités. Après la rentrée sociale, les priorités gouvernementales reprennent le dessus.
Mahmoud Tadjer
