Les relations déjà fragiles entre la France et le Mali viennent de franchir un nouveau seuil de tension. Vendredi, Paris a annoncé la suspension de sa coopération sécuritaire et antiterroriste avec Bamako, en réaction à l’arrestation, le mois dernier, d’un diplomate français dans la capitale malienne. Deux diplomates maliens ont également été expulsés dans le cadre de cette escalade diplomatique.
L’affaire a débuté en août, lorsque les autorités maliennes ont interpellé un diplomate français, soupçonné selon elles de collaborer avec les services de renseignement. Paris a immédiatement rejeté ces accusations, les qualifiant «d’infondées», et a exigé la libération immédiate de son ressortissant. La diplomatie française s’appuie sur la Convention de Vienne, qui garantit l’immunité des agents diplomatiques.
En représailles, la France a décidé d’expulser deux diplomates maliens en poste à Paris, leur donnant jusqu’à samedi pour quitter le territoire. Selon les médias français, citant une source diplomatique, cette mesure est directement liée au sort du diplomate français encore détenu à Bamako. «D’autres mesures pourraient être prises si notre compatriote n’est pas libéré rapidement», a averti cette même source.
La tension ne cesse de croître. Quelques jours auparavant, Bamako avait déjà déclaré persona non grata cinq agents de l’ambassade de France, les contraignant à quitter le pays dimanche dernier. Ces expulsions croisées marquent une nouvelle détérioration dans des relations bilatérales déjà mises à mal depuis plusieurs années.
Au-delà du différend diplomatique, la décision française a une portée stratégique. Paris a annoncé la suspension de sa coopération sécuritaire et antiterroriste avec le Mali, mettant un terme – au moins temporaire – à une collaboration qui, malgré des tensions persistantes, se poursuivait encore dans certains domaines.
Cette suspension est un signal fort : la France, qui a déjà retiré ses forces militaires du Mali en 2022 après près d’une décennie de présence dans le cadre de l’opération Barkhane, se désengage désormais sur le plan institutionnel et logistique. Elle prive ainsi Bamako de soutiens techniques, financiers et opérationnels dans la lutte contre les groupes armés terroristes.
Une relation empoisonnée depuis 2020
Depuis les coups d’État successifs de 2020 et 2021, la relation entre Paris et Bamako s’est envenimée. Le colonel Assimi Goïta, chef de la junte et président de transition, accuse régulièrement la France et d’autres pays occidentaux de vouloir déstabiliser le Mali. Dans le même temps, Bamako s’est rapproché de Moscou, multipliant les accords militaires et sécuritaires avec la Russie, ainsi qu’avec des sociétés paramilitaires russes, au détriment de ses anciens partenaires occidentaux.
La rupture progressive avec la France s’est traduite par le départ des troupes françaises, mais aussi par la fermeture de plusieurs canaux de coopération politique et diplomatique. L’affaire actuelle du diplomate français constitue un nouveau palier dans cette dégradation, ajoutant une crise consulaire à un climat de défiance déjà installé.
Ces tensions surviennent alors que le Mali reste confronté à une insécurité endémique. Depuis plus d’une décennie, le pays est en proie à des violences multiformes : attaques de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, affrontements intercommunautaires, trafic d’armes et activités criminelles.
Malgré la promesse de la junte de restaurer l’autorité de l’État et de stabiliser le pays, les violences persistent et s’étendent à de nouvelles régions. La suspension de la coopération française, même symbolique, risque de fragiliser davantage les capacités de Bamako à faire face à ces défis, surtout alors que ses partenariats avec la Russie peinent encore à produire des résultats tangibles sur le terrain.
À ce stade, aucune perspective de désescalade n’apparaît clairement. Paris conditionne toute amélioration de la situation à la libération immédiate de son diplomate, tandis que Bamako campe sur sa position et accuse la France d’atteinte à sa souveraineté. Les expulsions croisées, combinées à la suspension de la coopération sécuritaire, laissent présager une rupture encore plus profonde entre les deux capitales.
Dans ce contexte tendu, les Maliens risquent de payer le prix fort. Le pays, déjà fragilisé par une décennie de guerre et d’instabilité politique, se trouve aujourd’hui au cœur d’un bras de fer diplomatique qui pourrait réduire encore ses marges de manœuvre face à la menace terroriste.
A.M.
