Depuis son arrivée à la tête du gouvernement en octobre 2022, Giorgia Meloni a engagé l’Italie dans une diplomatie à la fois pragmatique et ambitieuse.
Par S. M.
Sa ligne repose sur un équilibre délicat : assumer un discours de fermeté conservatrice à l’intérieur, tout en bâtissant à l’international des alliances élargies, parfois paradoxales, avec des États aux régimes et systèmes de valeurs très différents.
C’est cette souplesse stratégique qui lui permet aujourd’hui de jouer un rôle fédérateur, capable de rapprocher des pays aussi éloignés que la Chine, les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Algérie, le Brésil ou encore la Russie.
La diplomatie du pragmatisme
Arabie saoudite
En janvier 2025, l’Italie et l’Arabie saoudite ont signé pour 10 milliards de dollars d’accords industriels et de coopération. À Riyad, Meloni a salué «un partenariat tourné vers l’avenir», ajoutant : «Nos nations peuvent écrire ensemble un nouveau chapitre de coopération, qui dépasse les clivages et se concentre sur le développement, l’innovation et la stabilité régionale.»
Émirats arabes unis
En février 2025, Meloni a annoncé que les Émirats investiront 40 milliards de dollars en Italie dans des secteurs stratégiques : intelligence artificielle, énergies renouvelables, métaux rares et recherche spatiale. Elle a qualifié cet engagement de «preuve que l’Italie est redevenue un partenaire attractif et fiable, capable d’accueillir de grands projets qui bénéficieront à toute la région méditerranéenne et au-delà.»
Chine
Lors de sa visite officielle à Pékin en septembre 2023, Meloni a insisté sur la nécessité d’un rééquilibrage commercial après le retrait italien de la Belt & Road Initiative. Elle a déclaré : «Nous voulons une relation plus équitable avec la Chine, qui respecte les intérêts de nos entreprises et protège la créativité et la propriété intellectuelle italiennes. L’Italie est ouverte au commerce, mais elle ne doit pas être un terrain de déséquilibre.»
États-Unis et Occident
À l’Assemblée générale de l’ONU, le 20 septembre 2023, Meloni a plaidé pour une diplomatie centrée sur la dignité humaine : «Nous devons avoir le courage de remettre l’être humain au centre, de replacer la dignité et les droits fondamentaux au cœur de nos décisions. Car si nous ne défendons pas l’homme, nous ne défendons rien.» Cette posture a permis de renforcer l’image d’une Italie alignée sur l’OTAN et sur le discours transatlantique, tout en gardant son autonomie.
Une rhétorique des valeurs modulée par le réalisme
Meloni sait manier le langage des droits humains — dignité, droits fondamentaux, protection des peuples — tout en maintenant des partenariats économiques avec des régimes souvent critiqués. Cette diplomatie à double registre illustre une stratégie de pragmatisme normatif : défendre les principes quand cela est possible, mais ne pas laisser les divergences bloquer des coopérations vitales pour l’Italie.
Pourquoi cela éclaire le succès de la déclaration conjointe sur les droits culturels des personnes handicapées
La coalition historique de 139 pays autour de cette déclaration au Conseil des droits de l’homme de l’ONU n’est pas un hasard. Elle reflète la méthode italienne :
– Choisir un thème universel : le handicap et la culture ne divisent pas autant que d’autres sujets sensibles.
– Combiner l’éthique et l’intérêt : défendre des causes humaines tout en consolidant l’image internationale de l’Italie.
– Jouer le rôle de pont : entre l’Europe, le Sud global, et même avec des puissances rivales (États-Unis, Chine, Russie).
En fédérant des États aux visions souvent antagonistes, Giorgia Meloni positionne l’Italie comme un facilitateur diplomatique crédible. Sa stratégie repose sur des alliances élargies, une rhétorique humaniste et une flexibilité qui lui permet d’embrasser des partenaires aussi divers que Riyad, Pékin, Washington ou Brasilia.
La déclaration sur les droits culturels des personnes handicapées n’est que la vitrine la plus récente de cette diplomatie multi-axe, qui fait de l’Italie un acteur capable de générer du consensus dans un monde fracturé.
S.M.
