«La démocratie n’est pas une évidence ni un statut, mais un processus dynamique. Elle ne restera vivante que si nous travaillons tous ensemble à son développement continu». C’est par cette phrase que le professeur Rabah Laroussi a résumé la notion de démocratie, en cette Journée internationale qui lui est dédiée. Entretien.
Crésus : Selon vous, quel est l’état actuel de la démocratie en Algérie et quels sont les principaux défis à relever pour la consolider ?
Rabah Laroussi : L’Algérie nouvelle est profondément convaincue que l’État des institutions, l’alternance au pouvoir à travers les élections, la justice, le contrôle constitutionnel et la justice sociale constituent les principaux fondements de la démocratie. Ces principes renforcent la pratique démocratique et consacrent l’État de droit.
Concrètement, l’élection présidentielle anticipée du 7 septembre 2024 a marqué une nouvelle étape dans la consolidation de cette pratique démocratique. À travers ce scrutin, le peuple a choisi son président en toute liberté, transparence et souveraineté, décidant ainsi de la poursuite du projet national initié par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en 2019, et du parachèvement du processus d’édification de la Nouvelle République. Ce processus a porté ses fruits en un court délai et constitue une réussite majeure face aux défis auxquels l’Algérie était confrontée.
Comment la journée internationale de la démocratie peut-elle contribuer à sensibiliser les citoyens et à renforcer leur participation dans la vie politique et sociale du pays ?
La Journée internationale de la démocratie est une célébration annuelle visant à promouvoir et à défendre les principes démocratiques à travers le monde. Célébrée chaque 15 septembre, elle offre une opportunité majeure pour rappeler aux citoyens leur rôle essentiel dans le fonctionnement démocratique. Dans le contexte algérien, elle peut jouer un rôle significatif en renforçant la participation citoyenne à la vie politique et sociale de plusieurs façons.
Sur le plan de la sensibilisation aux principes démocratiques, la commémoration de cette journée permet de mettre en avant les valeurs fondamentales de la démocratie : liberté d’expression, pluralisme politique, participation populaire, transparence et responsabilité des gouvernants. En Algérie, où la transition démocratique a connu des avancées mais reste confrontée à des défis, elle peut servir à stimuler un débat national sur les acquis et les insuffisances du système.
En matière d’éducation civique et politique, les campagnes organisées à cette occasion peuvent contribuer à une meilleure compréhension du fonctionnement des institutions, à l’encouragement de l’exercice du droit de vote et à la promotion du respect des lois et de la Constitution. Cela s’avère particulièrement utile pour les jeunes Algériens, souvent éloignés de la vie politique par manque d’information ou de confiance dans le système.
Enfin, cette journée peut également être mise à profit pour encourager la création d’associations citoyennes, la participation aux débats publics ou encore l’engagement dans les conseils municipaux et les assemblées locales. Autant d’initiatives qui renforcent le sentiment que chaque citoyen peut jouer un rôle concret dans le développement de la société.
Comment évaluez-vous l’impact de l’étude menée par le ministère de l’intérieur sur la promotion de la démocratie participative à l’échelle locale ?
L’évaluation de l’impact de l’étude menée par le ministère de l’Intérieur sur la promotion de la démocratie participative dans les wilayas a pris en compte plusieurs facteurs, tant sur le fond que sur la forme.
L’objectif de cette étude était de diagnostiquer l’état actuel de la démocratie participative dans les wilayas, d’identifier les obstacles à la participation citoyenne et de proposer des mécanismes pour renforcer l’implication des citoyens dans la gestion locale.
Les résultats doivent, bien entendu, mettre en évidence les lacunes existantes (manque de cadres, faible culture participative, absence de transparence) tout en proposant des solutions concrètes, telles que la création de conseils consultatifs locaux, le développement de plateformes numériques de consultation ou encore le renforcement des capacités des élus.
Plus les recommandations formulées sont opérationnelles et adaptées au contexte local, plus elles pourront contribuer efficacement à la promotion de la démocratie participative.
Le président Tebboune a réaffirmé l’engagement de l’Algérie pour la démocratie participative. Quelles mesures concrètes pourraient traduire ces engagements dans la vie quotidienne ?
L’engagement du président Abdelmadjid Tebboune en faveur de la démocratie participative en Algérie se traduit par plusieurs mesures concrètes permettant aux citoyens de prendre une part plus active à la vie publique et aux processus de décision.
En matière de renforcement des assemblées locales, il a été décidé de transférer davantage de pouvoirs aux collectivités territoriales (communes, wilayas) afin de rapprocher la prise de décision des citoyens. Les budgets participatifs offrent désormais aux habitants la possibilité de décider directement de l’affectation d’une partie du budget communal (par exemple pour les infrastructures ou les projets sociaux).
S’agissant des plateformes numériques, leur mise en place récente permet aux citoyens de proposer des lois ou des réformes, de donner leur avis sur des projets gouvernementaux et de participer à des consultations publiques.
Il convient également de souligner le rôle central de la société civile. Son renforcement s’accompagne d’un soutien accru, notamment à travers des aides financières et logistiques, ainsi que par la création de conseils consultatifs citoyens dans des domaines clés tels que l’environnement, la jeunesse ou encore l’éducation.
Toutes ces initiatives, lancées par le président Tebboune depuis son premier mandat, visent à instaurer une transparence totale du processus électoral -de la campagne au dépouillement- grâce à un organe électoral réellement indépendant.
Quelle est l’importance des forums de la société civile organisée par l’ONSC dans le renforcement du dialogue citoyen ?
Les forums de la société civile organisés par l’Observatoire national de la société civile (ONSC) jouent un rôle essentiel dans le renforcement du dialogue citoyen, en particulier dans le cadre d’un processus démocratique.
Ils favorisent avant tout la participation citoyenne en offrant un espace où les citoyens peuvent s’exprimer librement sur les questions qui les concernent, notamment les politiques publiques, les projets de développement, les réformes législatives ou encore les enjeux sociaux. Ces forums contribuent également à la transparence. En réunissant des acteurs gouvernementaux, des représentants de la société civile et parfois des institutions internationales, ils augmentent la visibilité des actions publiques et garantissent que les décisions prises soient en phase avec les besoins réels de la population. Ils favorisent ainsi la redevabilité des autorités publiques vis-à-vis des citoyens.
Ils constituent par ailleurs un cadre de renforcement des capacités des organisations de la société civile (OSC). À travers la formation et l’échange d’expériences, ces forums permettent à ces organisations d’être mieux préparées pour intervenir dans les débats publics, défendre les droits des citoyens et participer activement à la gouvernance démocratique.
Dans le même esprit, ces rencontres offrent aux différents acteurs -ONG, associations, mouvements citoyens- l’occasion de se rencontrer, d’échanger et de collaborer. Elles créent ainsi un environnement propice à la mise en place de synergies et de partenariats capables d’influencer plus efficacement les politiques publiques.
Enfin, les discussions et contributions issues de ces forums peuvent orienter l’élaboration de politiques publiques plus inclusives et équitables.
Dans quelle mesure la démocratie participative peut-elle contribuer au développement local et à la prise en compte des priorités socioéconomiques ?
La démocratie participative représente un modèle qui favorise l’implication directe des citoyens dans les processus de décision politique, économique et sociale. En Algérie, ce modèle peut jouer un rôle crucial dans le développement local et dans la prise en compte des priorités socioéconomiques, notamment en tenant compte de la diversité des besoins régionaux et des défis spécifiques auxquels certaines populations sont confrontées.
En matière de renforcement de la légitimité des décisions publiques, la démocratie participative permet de recueillir directement les attentes, besoins et priorités des citoyens, en particulier des communautés locales qui peuvent parfois se sentir marginalisées par des décisions prises exclusivement à l’échelle nationale ou par les élites politiques.
Ce principe contribue également à améliorer le dialogue entre gouvernants et gouvernés. En impliquant les citoyens dans la gestion des affaires publiques, il renforce la légitimité des autorités locales et les rend plus attentives aux préoccupations socioéconomiques spécifiques.
La démocratie participative joue aussi un rôle dans l’amélioration de la gestion des ressources et des politiques publiques. Les citoyens, en particulier ceux issus des régions moins développées, sont les mieux placés pour identifier les besoins spécifiques de leur communauté.
Enfin, l’introduction de mécanismes participatifs, tels que les conseils de quartier, les budgets participatifs ou les forums citoyens, permettrait aux autorités d’allouer plus efficacement les ressources aux projets ayant un véritable impact local.
Quels indicateurs pourraient mesurer l’efficacité réelle de la démocratie participative socio-économique ?
Pour mesurer son efficacité réelle en Algérie, il est nécessaire de s’appuyer sur un ensemble d’indicateurs quantitatifs et qualitatifs permettant d’évaluer son impact sur les processus décisionnels, le bien-être social et les dynamiques économiques.
En matière de participation citoyenne aux consultations publiques, il s’agit par exemple de mesurer la proportion de la population impliquée dans des forums de discussion, des consultations sur des projets de loi ou sur des actions gouvernementales locales. Il convient également d’évaluer si les groupes marginalisés -jeunes, femmes, minorités ethniques, populations rurales- sont effectivement représentés et engagés dans ces processus.
Au niveau de la prise de décision, la démocratie participative permet de mieux apprécier la transparence des démarches et la qualité de la communication autour des décisions adoptées, que ce soit au niveau local ou national, notamment à travers des plateformes publiques ou des rapports de suivi.
Entretien réalisé par Ferhat Zafane
