Malgré les tensions diplomatiques proches de la rupture, le commerce entre l’Algérie et la France se porte relativement bien et résiste même à la crise même si tous les canaux officiels et diplomatiques sont rompus et les coopérations suspendues.
Il faut dire que jamais les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie n’ont été aussi mauvaises depuis 1962. Si les relations commerciales sont plus ou moins affectées par la crise, elle ne signifie pas pour autant l’arrêt des échanges commerciaux même si les exportations françaises ont légèrement décliné au premier semestre de cette année. Selon les données des Douanes françaises, les échanges commerciaux entre les deux pays se sont maintenus à presque 5 milliards d’euros au premier semestre 2025, bien qu’une baisse de 12 % ait été enregistrée par rapport à la même période de 2025. La baisse en valeur a touché les flux dans les deux sens et le solde de la balance demeure en faveur de l’Algérie.
Une baisse qui n’est pas seulement due aux tensions politiques, mais qui s’explique aussi par le recul des cours mondiaux de pétrole et de gaz. Les importations françaises en provenance d’Algérie, constituées essentiellement d’hydrocarbures, ont baissé de 11,8 %, s’établissant à 2,7 milliards d’euros. Les ventes françaises à l’Algérie ont encore reculé, de 12,9 %, pour s’établir à 2,1 milliards d’euros. Néanmoins, l’Algérie demeure le deuxième marché africain pour les produits français. Selon les chiffres des Douanes françaises, la baisse en valeur des exportations algériennes vers la France s’explique par le recul des cours mondiaux des hydrocarbures, le Brent, prix de référence du pétrole algérien, ayant perdu 20 % de sa valeur par rapport au premier semestre 2024, s’établissant en moyenne à 71 dollars le baril au premier semestre 2025. L’incidence des cours pétroliers sur les importations françaises d’Algérie est très marquée, car ces dernières sont constituées essentiellement d’hydrocarbures (75,4 %, 2 milliards d’euros), de produits pétroliers raffinés (15,9 %, 426 millions d’euros), et de produits chimiques de base (6 %, 159 millions d’euros). La même source explique la baisse des exportations françaises vers l’Algérie par «le quasi-arrêt» des ventes de produits agricoles (blé) et d’élevage qui sont passées de 300,1 millions d’euros au premier semestre 2024 à presque rien : 4,2 millions d’euros au 1ᵉʳ semestre 2025, soit une baisse de -98,6 %. Le blé français ne trouve plus preneur en Algérie.
Cette brouille a conduit l’Algérie à se fournir auprès d’autres pays comme la Russie, l’Ukraine, la Roumanie et la Bulgarie, devenant persona non grata sur le marché algérien. La France perd un marché d’un milliard d’euros par an, ses exportations de blé vers l’Algérie, longtemps premier acheteur du blé français, étant passées de plus de 5,4 millions de tonnes en 2018 à moins d’un million en 2023, puis à zéro en 2025. La même tendance est constatée pour les ventes de produits laitiers et glaces qui ont chuté de 95,8 %, de 62,5 à seulement 2,6 millions d’euros. Les exportations françaises de produits alimentaires divers vers l’Algérie ont été aussi divisées par 2,5 dans la même période, chutant à 36,4 millions d’euros, contre 90 millions d’euros au premier semestre 2024. Le commerce a également été touché par les ventes françaises de produits chimiques divers et de produits chimiques de base, mais dans une moindre proportion, -10,1 % et -23,7 % respectivement. À noter aussi ce léger recul des exportations vers l’Algérie de produits pharmaceutiques (-6,6 %). Ces baisses qui ont touché plusieurs postes d’exportation ont néanmoins été «partiellement compensées» par le secteur automobile.
Selon les mêmes données, les exportations françaises de produits de la construction automobile vers l’Algérie ont fortement augmenté (+49 %), atteignant 657 millions d’euros au premier semestre 2025, contre 441 millions d’euros pendant la même période de 2024.
Mahmoud Tadjer
