Dans un contexte régional marqué par une montée des tensions, le Qatar s’apprête à accueillir, lundi, un sommet arabe islamique extraordinaire. Cette réunion, annoncée par le conseiller du Premier ministre qatari et porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, se tiendra «à la lumière des développements récents» et s’annonce comme un moment clé de la mobilisation régionale face aux frappes sionistes ayant visé Doha.
Selon Al-Ansari, ce sommet examinera un projet de résolution présenté par les ministres arabes et islamiques des Affaires étrangères, réunis dimanche en session préparatoire. «La tenue de cette rencontre à ce moment précis revêt plusieurs significations et traduit une large solidarité arabe et islamique avec l’État du Qatar, confronté à l’agression sioniste», a-t-il déclaré, dénonçant «le terrorisme d’État exercé par Israël».
Les dirigeants qataris insistent sur la nécessité d’une réponse collective et significative. Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane, a affirmé dans un entretien à des médias américains que l’objectif est de parvenir à «des mesures susceptibles de dissuader l’occupant de poursuivre son escalade». Il a souligné que cette réponse serait bâtie sur deux niveaux: un recours au droit international par le Qatar, et une réaction politique commune de la région.
Le sommet devrait ainsi tracer les contours d’un plan d’action concerté, tout en laissant chaque État libre de définir son approche. «Le Qatar n’imposera pas à ses partenaires une manière de réagir, mais il mènera en parallèle ses propres démarches juridiques sur la base du droit international», a précisé le chef de la diplomatie.
Les États-Unis en interlocuteur attentif
Ces annonces interviennent alors que le Premier ministre qatari a rencontré, vendredi à New York, le président américain Donald Trump. Selon une source citée par l’agence Reuters, les discussions ont porté sur l’avenir du rôle du Qatar comme médiateur régional et sur la coopération en matière de défense, après les frappes sionistes.
Cheikh Mohammed ben Abdelrahmane s’était également entretenu avec le vice-président américain J. D. Vance et le secrétaire d’État Marco Rubio. Dans un communiqué, la diplomatie qatarie a rapporté que le vice-président américain avait réaffirmé la solidarité des États-Unis avec Doha, tout en mettant en avant l’importance de la voie diplomatique. Washington a d’ailleurs qualifié le Qatar d’«allié stratégique fiable».
Le bombardement sioniste de Doha, qui a coûté la vie à cinq Palestiniens, dont le fils du dirigeant du Hamas Khalil Al-Hayya, ainsi qu’à un agent de sécurité qatari, a provoqué une vague de condamnations dans le monde. Le Conseil de sécurité de l’ONU a dénoncé l’attaque, même si le communiqué adopté à l’unanimité n’a pas explicitement mentionné l’entité sioniste, sous la pression de ses alliés.
Donald Trump a, de son côté, exprimé son mécontentement vis-à-vis de la frappe sioniste, qu’il a qualifiée «d’acte unilatéral ne servant ni les intérêts américains ni ceux d’Israël».
Un rendez-vous décisif
La convocation de ce sommet intervient donc dans un climat de fortes crispations diplomatiques. Pour Doha, il s’agit d’une occasion de transformer l’élan de solidarité en démarche politique et juridique coordonnée, susceptible de poser les jalons d’une nouvelle approche collective face à l’entité sioniste.
Le Qatar entend se positionner comme un acteur incontournable de la médiation régionale, tout en défendant sa propre souveraineté face à ce qu’il qualifie d’«agression lâche». Le sommet de lundi pourrait ainsi marquer une étape décisive, autant pour le Qatar que pour le monde arabe et islamique, dans leur manière d’affronter un conflit en perpétuelle escalade.
A.M.
