Il y a un an, l’ancien président de la BCE, Mario Draghi, sonnait l’alarme : sans réforme profonde, la compétitivité européenne risquait de s’éroder face aux États-Unis et à la Chine.
Par la rédaction de Crésus
Douze mois plus tard, le constat est sans appel : malgré les efforts engagés, l’énergie demeure le maillon faible de l’Europe et menace la souveraineté économique du Vieux Continent.
Les chiffres sont implacables. Selon une étude relayée par le Center of Study for Democracy (CSD), le gaz reste cinq fois plus cher en Europe qu’aux États-Unis et près de 70% plus élevé qu’en Chine. Conséquence directe : les coûts de production industrielle explosent, étranglant la compétitivité des entreprises européennes déjà fragilisées par une décennie de crises successives.
Ursula von der Leyen, dans son discours sur l’état de l’Union, n’a pas mâché ses mots : «Les factures d’énergie demeurent une source d’angoisse pour des millions d’Européens et les coûts restent structurellement élevés pour l’industrie».
De la dépendance russe à la dépendance chinoise
Si l’Union européenne a réussi à réduire sa dépendance au gaz russe après l’invasion de l’Ukraine, un autre piège s’est refermé : celui des matières premières critiques dominées par la Chine. Lithium, cobalt, nickel — ces métaux rares indispensables aux batteries, aux semi-conducteurs et aux technologies vertes — sont désormais devenus les nouveaux leviers de pression. Pékin contrôle jusqu’à 95% de certaines filières, exposant l’industrie européenne à un risque asymétrique majeur.
Une opportunité pour l’Algérie
Dans cette Europe fragilisée par la facture énergétique et par ses dépendances, l’Algérie peut transformer cette vulnérabilité en levier stratégique. Pays producteur de gaz, de pétrole, mais aussi doté d’un fort potentiel en solaire et en hydrogène vert, Alger est aujourd’hui dans une position de négociation renforcée.
Au-delà de simples contrats de fourniture, l’Algérie pourrait exiger de l’Europe un transfert de technologies, des investissements dans ses infrastructures et un partenariat industriel de long terme. C’est déjà la voie tracée avec l’Italie, partenaire privilégié, qui joue souvent le rôle de trait d’union entre le sud de la Méditerranée et Bruxelles. Cette coopération énergétique pourrait se doubler d’un partenariat dans la recherche, la transformation et l’industrialisation locale, donnant à l’Algérie une place stratégique dans la transition énergétique européenne.
Les «autoroutes de l’énergie» comme plan de sauvetage ?
Face à ce constat, Bruxelles tente de réagir. La Commission européenne plaide pour une modernisation accélérée des infrastructures électriques et présente de nouveaux projets d’interconnexion, surnommés les «autoroutes de l’énergie». Objectif : relier les réseaux nationaux, réduire la dépendance aux importations et créer une véritable colonne vertébrale énergétique continentale. Mais ces projets nécessiteront du temps, des financements colossaux et une volonté politique constante.
L’Europe se retrouve donc face à une équation périlleuse : comment conjuguer transition énergétique, compétitivité industrielle et souveraineté géopolitique ? Un dilemme que Draghi avait anticipé, mais dont la résolution reste à inventer.
À l’heure où Washington et Pékin avancent à marche forcée dans la course technologique, le Vieux Continent ne peut plus se contenter de demi-mesures. Pour l’Algérie, c’est le moment où jamais de se positionner comme fournisseur stratégique et partenaire incontournable, en conditionnant l’énergie contre la technologie. Car comme l’écrivait déjà Nietzsche : «Celui qui a un pourquoi peut endurer presque n’importe quel comment.» L’Europe a un pourquoi — sa survie économique et politique — mais elle doit encore trouver son comment. Et l’Algérie, elle, pourrait bien en détenir une partie de la réponse.
R.C.
