À mesure que les bombardements s’intensifient à Ghaza, une question revient avec insistance….
Synthèse Crésus
Une force internationale pourrait-elle arrêter Benjamin Netanyahou et imposer un cessez-le-feu ?
Derrière cette hypothèse se dessine pourtant une impasse diplomatique et géopolitique.
Leïla Shahid, ancienne déléguée palestinienne auprès de l’Union européenne, rappelle que l’envoi d’une force internationale ne peut être envisagé qu’après un cessez-le-feu accepté par l’entité sioniste. Or, celui-ci ne viendrait que sous la pression de sanctions fortes. Pour elle, il s’agit d’empêcher «un génocide, une destruction de société et un nettoyage ethnique». Mais tant que Netanyahu ne craint aucune conséquence, l’équation reste bloquée.
Pour Shlomo Sand, historien sioniste, l’entité ne permettra jamais une intervention internationale à Ghaza tant que le Hamas y est présent. Une présence internationale, sans véritable désarmement des factions, ne ferait que figer les rapports de force.
À l’inverse, Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), estime qu’une telle force serait souhaitable, mais illusoire sans pression internationale. «L’Union européenne proteste mais n’agit pas, devenant inaudible», constate-t-il, pointant la faillite stratégique du Vieux Continent.
Washington, verrou incontournable
Le rôle des États-Unis reste décisif. Depuis des décennies, le lobby pro-sioniste domine la diplomatie américaine. Mais une évolution se dessine : une partie du judaïsme américain, notamment la jeunesse, s’éloigne de l’attachement inconditionnel à l’entité. Cet affaiblissement, s’il devait se confirmer, pourrait ouvrir une brèche diplomatique. «L’espoir repose surtout sur le judaïsme américain, de plus en plus critique», résume Shlomo Sand.
L’Europe paralysée et inaudible
En Europe, les gouvernements oscillent entre protestations verbales et inertie diplomatique. Pire encore, les manifestations pro-palestiniennes sont souvent criminalisées, assimilées à de l’antisémitisme. Dans ce climat, la voix des peuples est étouffée et la diplomatie européenne réduite à l’impuissance.
Pour Leïla Shahid, l’avertissement est clair : «Si le problème n’est pas résolu, c’est toute la Méditerranée qui sera menacée.» Au-delà de Ghaza, c’est la stabilité régionale qui est en jeu, entre risques de radicalisation, flux migratoires accrus et tensions géopolitiques.
La perspective d’une force internationale à Ghaza reste donc une illusion politique : l’entité sionsite n’a aucun intérêt à l’accepter, les États-Unis ne rompent pas leur alignement, et l’Europe se contente de protestations creuses. Tant que l’équation des sanctions et des rapports de force n’évolue pas, Netanyahu garde les mains libres. Ghaza, elle, continue de payer le prix fort.
R.C.
