La crise politique française franchit un nouveau cap. François Bayrou a remis hier sa démission au président Emmanuel Macron, au lendemain du vote de défiance de l’Assemblée nationale.
Ce départ, attendu mais lourd de conséquences, fait entrer la Ve République dans une zone d’instabilité inédite, marquée par une succession rapide de chefs de gouvernement depuis 2022. Bayrou restera ainsi comme le cinquième Premier ministre du quinquennat, un chiffre record dans une République longtemps réputée pour sa stabilité.
Une démission sous pression
Arrivé à l’Élysée peu avant 13h30, François Bayrou a quitté les lieux aux alentours de 14h50, après un entretien avec le chef de l’État. Ce dernier a promis de nommer dans les «tout prochains jours» son successeur, conscient de l’urgence de la situation. La rue gronde et l’agenda politique est saturé : la mobilisation nationale du 10 septembre (aujourd’hui), annoncée sur les réseaux sociaux sous le slogan «Bloquons tout», inquiète particulièrement les autorités.
Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur sur le départ, a annoncé le déploiement de forces de sécurité «dès ce soir» sur des zones sensibles et la création imminente d’une cellule interministérielle de crise. À Paris, le préfet Laurent Nuñez a prévenu que les forces de l’ordre interviendront «systématiquement» face à toute dégradation, blocage ou sabotage.
Une succession ouverte et incertaine
Dès l’annonce de la démission, les spéculations se sont intensifiées sur l’identité du futur Premier ministre. Le nom de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, revient avec insistance. L’intéressé multiplierait les contacts et composerait déjà, selon certaines sources, l’ossature de son futur gouvernement. Mais rien n’est joué. Xavier Bertrand a d’ores et déjà écarté sa propre candidature, affirmant que le président ne souhaite pas placer un «présidentiable» à Matignon.
Cette valse des ambitions intervient dans un climat politique empoisonné. Le Rassemblement national a prévenu qu’il censurerait tout gouvernement issu du «bloc central», Jordan Bardella assurant que «les mêmes causes produiraient les mêmes conséquences». À gauche, le PS reste silencieux, tandis que la France insoumise prépare une motion de destitution contre Emmanuel Macron, une démarche jugée vaine par le RN, qui refuse de s’y associer.
Dans ce climat d’incertitude, certains secteurs professionnels craignent de payer le prix de l’instabilité. C’est le cas du monde agricole, frappé par les canicules et les épidémies animales. La démission du gouvernement entraîne inévitablement l’arrivée d’un nouveau ministre de l’Agriculture. Annie Genevard, en poste jusqu’ici, était jugée «à l’écoute mais très politique», selon Laurent Kerlir, éleveur laitier et président de la chambre d’agriculture de Bretagne. Les agriculteurs espèrent désormais «quelqu’un d’investi, qui connaît le milieu et puisse défendre son budget».
Dissolution ou cohabitation ?
La démission de Bayrou relance aussi le débat institutionnel. Marine Le Pen réclame un retour aux urnes par une dissolution de l’Assemblée, rejetant l’idée avancée par Gabriel Attal de nommer un médiateur pour débloquer la situation. De son côté, Dominique de Villepin plaide pour une cohabitation, dénonçant l’«obstination» d’Emmanuel Macron et de François Bayrou qui, selon lui, «ont plongé la France dans l’instabilité et le désordre».
Après huit années de tensions et de gouvernance contestée, la Ve République se trouve confrontée à une double exigence : trouver rapidement un Premier ministre pour incarner le pouvoir et, dans le même temps, redonner une légitimité politique à un exécutif fragilisé.
À quelques heures d’une mobilisation citoyenne qui s’annonce tendue, l’avenir politique de la France reste suspendu aux choix que fera Emmanuel Macron dans les prochains jours.
A.M.
