Embourbé dans une crise politique sans précédent après le coup d’Etat opéré par les généraux et face à une menace sécuritaire qui risque de déstabiliser le pays, la junte militaire tente un coup d’éclat pour détourner les regards en pointant du doigt l’Algérie.
Le gouvernement de la Transition a déposé, jeudi 4 septembre, une plainte contre l’Algérie devant la Cour internationale de Justice. L’annonce a été faite par le gouvernement dans un communiqué rendu public. «Le gouvernement de la Transition informe l’opinion publique que la République du Mali a déposé, ce jeudi 4 septembre 2025, auprès de la Cour internationale de Justice, une requête introductive d’instance contre la République algérienne démocratique et populaire», indique le document. Selon les autorités maliennes, cette saisine est consécutive à la destruction «préméditée» d’un aéronef de type drone de reconnaissance, immatriculé TZ-98D, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, à Tinzawatene dans la région de Kidal. Le gouvernement algérien n’a pas encore répondu à l’heure où nous mettons sous presse.
Mais toujours est-il que cette énième tentative de la junte militaire malienne de brouiller les cartes ressemble à s’y méprendre à une fuite en avant et qui a tout l’air d’être une diversion politique de la junte malienne qui, en choisissant de sortir du cadre de l’accord d’Alger et en considérant les organisations targuies parties à l’accord d’Alger de 2015, comme des «terroristes», a aggravé la situation sécuritaire. L’Algérie a rejeté ces accusations. En janvier 2024, la junte malienne avait annoncé la «fin, avec effet immédiat», de l’accord de paix d’Alger, signé en 2015, longtemps jugé essentiel pour stabiliser le pays. Selon le ministère de la Défense nationale, les données radar recueillies «établissent clairement la violation de l’espace aérien de l’Algérie» par un drone de reconnaissance venu du Mali. Le gouvernement algérien a affirmé dans un communiqué que l’appareil avait franchi son espace aérien. Les relations entre le Mali et l’Algérie ont longtemps été marquées par une coopération élargie aux domaines sécuritaire et économique.
Diversion politique
L’Algérie, grâce à sa position stratégique et son expérience dans la lutte contre le terrorisme, a souvent servi de médiateur dans les crises maliennes. En saisissant la CIJ, une démarche à l’issue juridique très incertaine, Bamako est dans une forme de diversion politique. Pour rappel, la CIJ ne peut instruire un différend que si les deux parties reconnaissent sa compétence. Il est donc peu probable que la CIJ fasse droit à la requête du Mali. La difficulté à établir les moyens de la preuve confère, à la démarche, un caractère davantage démonstratif que juridique. La recevabilité même de la plainte constitue le préalable à son éventuel examen. Pour rappel, les décisions de la CIJ sont définitives et contraignantes, mais la Cour n’a aucun moyen de les faire respecter.
L’affaire a donné lieu à une crise diplomatique entre les deux pays qui partagent une frontière commune d’une longueur de près de 1 500 kilomètres. Bamako et Alger ont depuis fermé chacun leur espace aérien à l’autre pays. Le Mali fait face à une crise politique complexe et profonde, alimentée par des années d’instabilité sécuritaire, des coups d’État militaires, des tensions diplomatiques persistantes et un échec de la classe politique à répondre aux attentes des citoyens. Depuis 2012, le Mali subit une crise sécuritaire majeure, avec une intensification des violences, des affrontements entre groupes armés et une dégradation de la situation humanitaire. Le pays a connu deux coups d’État militaires en 2020 et 2021, qui ont prolongé la transition et éloigné le Mali des échéances électorales prévues. Le régime militaire peine à répondre aux attentes des populations, qui sont lassées des manœuvres politiques et du manque de solutions durables aux problèmes sécuritaires et économiques. La faiblesse de l’État malien et la difficulté à concilier souverainisme et besoins de la population aggravent la crise actuelle. L’escalade politique entre le Mali et ses voisins, est palpable et risque de s’intensifier si les différends ne sont pas résolus pacifiquement. Bien qu’un conflit ouvert avec l’Algérie soit difficile à imaginer, la tension est à son comble, et le Mali, avec ses alliés du Burkina Faso et du Niger, est militairement dépassé par la puissance de l’Algérie.
En 2020, la communauté internationale a dénoncé et accentué, la pression sur les militaires qui ont pris le pouvoir au Mali, les États-Unis, l’Union européenne (UE) et l’Union africaine (UA) réclamant la libération «immédiate» du président Ibrahim Boubacar Keïta, toujours détenu au lendemain de son arrestation par l’armée.
Mahmoud Tadjer
