L’Algérie s’est engagée en faveur de la transparence de ses statistiques, notamment à travers l’Office national des statistiques (ONS), qui collecte et publie des données sur l’économie, la population et la société. En résumé, le pays a mis en place des structures et s’est inscrit dans des initiatives internationales afin d’améliorer la transparence de ses données statistiques dans divers domaines. Par ailleurs, le président Tebboune a insisté sur la nécessité d’en finir avec les chiffres trompeurs et les statistiques approximatives pour garantir un comportement économique rationnel et une mise en œuvre efficace des décisions de politique publique. «Nous n’avons pas de vrais chiffres», avait-il lancé l’année dernière lors d’une rencontre avec la presse nationale, en évoquant certaines réalités mal appréhendées dans le secteur agricole national. Il s’agit ainsi, selon le chef de l’État, de garantir non seulement «une meilleure visibilité» dans la conduite des politiques publiques, mais aussi d’instaurer une gestion et des «comportements économiques rationnels», en évaluant avec plus de rigueur les véritables besoins du pays. «Il faut revoir notre économie dans ce sens», a-t-il expliqué, soulignant que la chose économique ne peut se mesurer à l’œil nu ni sur la base de simples visions superficielles, avant d’ajouter que «la comptabilité nationale prouve beaucoup de choses». Le point positif aujourd’hui, a noté le président de la République, est que «pour la première fois, nous ne sommes pas en contradiction avec les évaluations statistiques des institutions internationales, telles que le FMI, la Banque mondiale ou la FAO, qui désormais corroborent nos chiffres économiques, à l’exemple de ceux relatifs à la croissance, dont le taux de 4,2 % est confirmé comme étant effectif». En somme, les statistiques sont des instruments précieux pour comprendre l’économie, mais leur nature même peut rendre certaines politiques inefficaces si elles ne sont pas accompagnées d’une analyse plus fine des réalités qu’elles sont censées refléter. Mais un fait inédit vient ébranler cette posture. Le chef du parti El Bina, Abdelkader Bengrina, a lâché une véritable bombe lors des journées de l’université d’été de sa formation politique, qui se tiennent actuellement. Dans son discours d’ouverture, Bengrina a révélé qu’un ministre, dont le nom n’a pas été dévoilé, aurait volontairement falsifié les statistiques de son département dans le but de plaire au plus haut niveau. Cette révélation a été faite avant-hier, au cours de la tenue de l’université d’été de son parti. Le président d’El Bina a déclaré qu’un de ses députés lui avait rapporté un fait étrange, relayé par l’une de ses connaissances. Selon ses propos, ce ministre à «l’ego démesuré» – espérant obtenir un poste plus important que celui qu’il occupe aujourd’hui – aurait réuni l’ensemble des directeurs de wilayas de son secteur afin de «gonfler» les chiffres des acquis. Le département qu’il dirige dispose de l’un des budgets annuels les plus conséquents de l’État. S’agit-il d’un règlement de comptes ou d’une simple tartufferie ?
Une atteinte à la confiance publique
Il est difficile de trancher, car les cas de ministres accusés de fausses promesses ou de manipulation des chiffres ne sont pas documentés dans les informations disponibles. Quoi qu’il en soit, les déclarations de Bengrina ne devraient pas rester lettre morte. Les autorités sont appelées à réagir rapidement et à diligenter une enquête approfondie pour démêler le vrai du faux. C’est la première fois qu’une telle accusation vise directement un membre du gouvernement. Si un ministre ou un haut responsable venait à falsifier délibérément les données de son département, cela s’apparenterait à une manipulation de l’information, une déformation de la réalité et une atteinte grave à la confiance publique. Si les propos de Bengrina se vérifient, cela pourrait déboucher sur une mise en garde sévère. De tels agissements peuvent en effet être qualifiés de délit, avec des sanctions prévues en fonction de leur gravité. La confiance du pouvoir exécutif se trouverait alors ébranlée, contraignant le ministre incriminé à quitter ses fonctions. Des mesures disciplinaires, des rappels à l’ordre ou d’autres sanctions pourraient être prises par les instances compétentes. La crédibilité du ministre, tout comme celle du département qu’il représente, en sortirait durablement compromise.
Mahmoud Tadjer
