La Proclamation a ouvert la voie à la lutte armée et fixé les objectifs fondamentaux. La Soummam, elle, a donné à la Révolution une cohérence organisationnelle et une vision institutionnelle.
Les propos d’Abderrazak Makri, ancien président du Mouvement de la société pour la paix (MSP), ont récemment enflammé le débat politique. Dans un article, il a affirmé que la Déclaration du 1er Novembre est « la référence éternelle et unique » de la Révolution, accusant ce qu’il appelle « le courant laïc » de vouloir minimiser ce texte au profit du Congrès de la Soummam. À ses yeux, cette démarche relèverait d’« un complot contre l’identité arabo-islamique de l’Algérie ».
Une lecture qui a immédiatement suscité des réactions, notamment celle du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), pour qui Makri manipule l’histoire à des fins idéologiques.
Au-delà de la controverse politique, une réalité historique demeure : Novembre 1954 et la Soummam 1956 ne s’opposent pas, mais se complètent. La Proclamation a ouvert la voie à la lutte armée et fixé les objectifs fondamentaux.
La Soummam, elle, a donné à la Révolution une cohérence organisationnelle et une vision institutionnelle. Les deux textes sont indissociables, comme deux piliers ayant permis à la nation de naître et de se consolider.
Historiquement, il est donc inexact de présenter le « Congrès de la Soummam » comme une tentative de déviation du sens de la Proclamation de Novembre.
Bien au contraire, les archives et les témoignages des acteurs de l’époque montrent qu’il s’agissait de structurer ce qui avait été amorcé deux ans plus tôt. En ce sens, réduire la « Soummam » à une « menace identitaire » est une distorsion du passé. L’enjeu de 1956 n’était pas de remplacer « Novembre », mais de lui donner une force politique, militaire et diplomatique capable de mener la lutte jusqu’à l’indépendance.
La complémentarité entre les deux textes se lit clairement à travers leurs convergences. Tous deux posent comme objectif central l’indépendance nationale et rejettent toute compromission avec le colonialisme. Tous deux affirment la nécessité de l’unité nationale, refusant les divisions qui auraient pu fragiliser la lutte. Tous deux consacrent la légitimité du recours aux armes après l’échec des solutions pacifiques.
Enfin, tous deux projettent une Algérie nouvelle, démocratique et sociale, ouverte sur le monde et respectueuse de la diversité de son peuple.
La Soummam se distingue cependant par son effort de systématisation. Elle a consacré la primauté du politique sur le militaire, institué une direction collégiale, et esquissé les bases d’une future République fondée sur le suffrage universel.
Elle a également renforcé l’ouverture internationale de la Révolution, en inscrivant le combat algérien dans le vaste mouvement de décolonisation qui traversait alors l’Afrique et l’Asie. Autant d’éléments qui n’étaient pas absents de Novembre, mais que la Soummam a clarifiés et approfondis.
L’héritage indivisible des révolutionnaires
En réalité, présenter la Proclamation de Novembre et le Congrès de la Soummam comme deux visions antagonistes, c’est méconnaître l’histoire et l’esprit même des révolutionnaires. Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Krim Belkacem, Didouche Mourad et tant d’autres n’ont jamais cherché à opposer deux références, mais à les inscrire dans une dynamique évolutive. Novembre a été le cri fondateur, la Soummam l’organisation rationnelle de ce cri. Sans l’un, la Révolution n’aurait pas existé ; sans l’autre, elle n’aurait pas tenu.
La polémique actuelle illustre surtout la tentation, encore vivace, d’instrumentaliser l’histoire à des fins de politique présente. En cherchant à réduire Novembre à une seule dimension identitaire, Makri se place dans une logique partisane qui appauvrit l’héritage des martyrs. Car ces derniers n’ont pas combattu pour imposer une idéologie, mais pour libérer une patrie et offrir à ses citoyens un État moderne, démocratique et souverain.
L’histoire nationale mérite mieux que ces querelles. Elle doit rester un espace de rassemblement, non un champ de division. La Proclamation du 1er Novembre et la Plateforme de la Soummam constituent ensemble un patrimoine commun, une mémoire partagée, un socle de légitimité. Les opposer, c’est fragiliser l’unité que les révolutionnaires ont tant de fois appelée de leurs vœux.
Les rappeler dans leur complémentarité, c’est au contraire réaffirmer le sens profond de la Révolution : unir le peuple algérien pour construire un avenir libre et solidaire.
Assia M.
