Les titulaires de passeports diplomatiques et de service des deux pays sont, désormais, soumis à l’obligation de visa.
La crise diplomatique entre Paris et Alger n’est pas près de connaître son épilogue. Les deux pays ont décidé de suspendre l’accord franco-algérien de 2013 portant sur l’exemption réciproque de visa de court séjour pour les titulaires d’un passeport. En effet, la mesure est entrée en vigueur après sa publication dans le Journal officiel français le 19 août 2025, marquant ainsi une nouvelle escalade diplomatique entre Paris et Alger.
Dans la rubrique «Avis divers» du même document officiel, le ministère français des Affaires étrangères a publié un avis relatif à l’accord d’exemption réciproque de visa de court séjour pour les titulaires d’un passeport diplomatique ou de service, conclu avec l’Algérie en 2013. Le document indique que les autorités françaises ont cessé d’appliquer cet accord en mai dernier, en invoquant le principe de réciprocité. De même, elles «ont notifié aux autorités algériennes la suspension de l’accord ayant pris effet le 7 août 2025». Rejetant la responsabilité de cette mesure sur l’Algérie, la diplomatie française indique, dans son communiqué, que «la République algérienne démocratique et populaire a cessé d’appliquer à compter du 11 mai 2025 l’accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire sur l’exemption de visas de court séjour pour les détenteurs d’un passeport diplomatique ou de service, signé à Alger le 16 décembre 2013 et publié par décret no 2014-1003 du 4 septembre 2014», avant de se «couvrir» sous le sceau de la réciprocité. «En vertu du principe de réciprocité, cet accord a également cessé de s’appliquer en France à compter du 16 mai 2025», est-il mentionné dans le communiqué du Quai d’Orsay.
Le communiqué ajoute que «la suspension de l’accord s’est faite conformément à l’article 8 de la convention», qui «autorise chacune des parties à suspendre partiellement ou totalement l’accord, à condition d’en notifier l’autre partie diplomatiquement». Le site France-Visa, plateforme officielle du gouvernement français qui fournit toutes les informations nécessaires pour demander un visa, a été également actualisé pour prendre en compte cette évolution inédite.
Vérité et contre-vérité
Pourtant, c’est le président Emmanuel Macron qui a donné, début août, instruction à son Premier ministre, François Bayrou, appelant à plus de «fermeté» et affirmant que «la France doit être forte et se faire respecter» dans la crise diplomatique qui brouille ses relations avec l’Algérie depuis plus d’un an. Dans sa lettre, Emmanuel Macron a appelé à suspendre «formellement» l’accord de 2013 avec Alger, concernant les exemptions de visa sur les passeports officiels et diplomatiques.
Pour l’Algérie, cette lettre «fait porter tous les torts à la partie algérienne». Une contre-vérité. «Cette lettre exonère la France de l’intégralité de ses responsabilités et fait porter tous les torts à la partie algérienne. Rien n’est plus loin de la vérité et de la réalité», soulignait le communiqué du ministère des Affaires étrangères. C’est la France, également, qui a «manqué au respect de ses engagements au triple titre de l’accord algéro-français de 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, de la convention consulaire algéro-française de 1974 et de l’accord algéro-français de 2013 relatif à l’exemption des visas pour les détenteurs de passeports diplomatiques et de service», ajoutait le communiqué du ministère.
En réponse à cette lettre, l’Algérie, par le biais du ministère des Affaires étrangères, a décidé de carrément dénoncer l’accord de 2013 sur l’exemption de visas. «En décidant la suspension de cet accord, la France offre à l’Algérie l’opportunité idoine d’annoncer, quant à elle, la dénonciation pure et simple de ce même accord. Conformément aux dispositions de l’article 08 dudit accord, le Gouvernement algérien notifiera incessamment au Gouvernement français cette dénonciation par la voie diplomatique», note le même communiqué.
Par cette mesure, les titulaires de passeports diplomatiques et de service des deux pays sont, désormais, soumis à l’obligation de visa. Un degré de plus dans la crise que traverse depuis plus d’un an la relation entre Alger et Paris.
Badis B.
