À l’heure où l’intelligence artificielle s’infiltre dans la création artistique et bouleverse les repères culturels, une contre-offensive surprenante s’organise.
Par Rédaction de Crésus
Vinyles, cassettes, pellicules argentiques et magazines papier connaissent une renaissance inattendue, portée par une génération Z en quête d’authenticité et de tangible.
Aux États-Unis, les ventes de disques vinyles ont dépassé 1,4 milliard de dollars en 2023, atteignant un niveau inédit depuis les années 1980. Symbole de fidélité et d’attachement à l’artiste, le vinyle séduit particulièrement les jeunes qui y voient un objet de collection, loin de la consommation instantanée des plateformes numériques.
Des icônes comme Taylor Swift participent à cette vague : son album The Tortured Poets Department s’est écoulé à plus de 2,2 millions d’exemplaires en vinyle.
Le phénomène ne se limite pas à la musique. La photographie argentique et le cinéma en 35 mm séduisent un public lassé des images trop lisses du numérique. Kodak, longtemps sur le déclin, bénéficie d’un regain d’intérêt pour ses pellicules, dont les prix ont bondi de 50% depuis 2019.
Les salles de cinéma indépendantes qui projettent en 35 mm prospèrent également, offrant une expérience visuelle imparfaite mais vivante, à mille lieues du rendu standardisé de l’IA.
Même la presse imprimée en profite : certains magazines lancent aujourd’hui des éditions exclusivement papier, refusant le tout-numérique.
Une révolte contre les algorithmes
Derrière cet engouement se cache une méfiance grandissante envers les algorithmes. À force de proposer des contenus calculés, les plateformes auraient étouffé la surprise et la découverte. Le public cherche désormais à reprendre la main sur sa consommation culturelle.
Acheter un vinyle ou feuilleter un magazine devient un acte presque politique : choisir la lenteur et l’effort contre l’instantanéité artificielle.
Parallèlement, un malaise s’installe autour de la création assistée par IA. Musiciens, plasticiens et écrivains dénoncent des productions standardisées, qualifiées de «créations fantômes», où la touche humaine disparaît. Cette impression d’artifice alimente la défiance et pousse les amateurs vers des supports analogiques, garants d’une authenticité perçue.
Le naturel contre le synthétique
Le parallèle avec l’alimentation est frappant : après la mise en avant de produits sans «ingrédients artificiels», voilà que les biens culturels revendiquent leur caractère «100 % naturel». L’analogique devient ainsi une valeur refuge, une manière de préserver une dimension humaine face à l’automatisation de la culture.
La renaissance des médias analogiques n’est pas une simple nostalgie : elle traduit un besoin urgent de réhumaniser la culture. En refusant la perfection glacée de l’IA, vinyles, pellicules et magazines réaffirment la primauté du geste, de l’erreur et de l’imperfection comme marqueurs d’authenticité.
Une révolte discrète mais puissante, qui pourrait inspirer d’autres secteurs bien au-delà de la musique et du cinéma.
R.C.
