Dans l’histoire diplomatique, le choix de l’espace n’a jamais été un détail secondaire : il est un message en lui-même. Nixon allant à Pékin, c’était la reconnaissance d’un tournant stratégique ; Reagan rencontrant Gorbatchev en Islande, c’était l’affirmation d’un équilibre fragile entre deux blocs ; Obama à La Havane, c’était le geste d’une réconciliation symbolique. Le Front du Polisario à Yokohama, c’est la reconnaissance internationale de la cause sahraouie. Le gouvernement japonais aurait de nouveau validé la participation du Front du Polisario, représentant légitime du Sahara occidental, au prochain Sommet avec les pays africains (TIKAD 9) prévu à Yokohama du 20 au 22 août 2025. Une décision souveraine.
En effet, le Premier ministre sahraoui, Bachraya Hamoudi Beyoun, prendra part aux travaux de la neuvième édition du Sommet international de Tokyo sur le développement en Afrique «TICAD 9», qui se tiendra sous le slogan «Coopération pour trouver des solutions innovantes avec l’Afrique». Selon le site «la voix du Sahara occidental», la présence de la République sahraouie à ce sommet revêt une importance particulière, non seulement pour renforcer le partenariat afro-japonais, mais aussi comme une opportunité stratégique pour intensifier l’attention accordée à la question sahraouie et aux opportunités internationales dans un contexte de mutations mondiales.
Le Makhzen dans tous ses états
Ce n’est pas la première fois que le Japon prend une décision aussi risquée, aux implications politiques sérieuses. Une décision risquant de tendre davantage les relations entre Tokyo et Rabat, surtout à un moment où le Congrès américain examine une législation visant à qualifier le «Front du Polisario» d’organisation terroriste.
En outre, la présence du représentant sahraoui à ce sommet met le Makhzen dans une véritable impasse quant à la manière de gérer cette problématique qui lui a causé l’année dernière un scandale diplomatique retentissant. En effet, l’un de ses diplomates avait, pour rappel, sauté sur une table pour s’emparer du panonceau portant l’inscription «Sahrawi Republic» déposé par Lamine Baali, ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique auprès de l’Union africaine, dont elle est membre, lors de la réunion préparatoire de la neuvième édition de la conférence de Tokyo sur le développement de l’Afrique. Depuis cet incident, survenu à la même date en août de l’année dernière, les pays membres ayant participé au sommet afro-japonais, avec le soutien du Japon, se sont accordés à dire que la République arabe sahraouie a toute légitimité pour participer à de tels sommets, étant donné qu’elle est membre fondateur de l’Union africaine. Par cette position, unanime, les participants ont signifié que la responsabilité de cet incident incombe au Makhzen, anéantissant, ainsi, tout espoir pour ce dernier de rejeter ses revendications, tout en confirmant la participation de la République sahraouie aux futurs sommets. Une position plaçant le Makhzen devant un choix cornélien : soit participer et s’asseoir aux côtés de la délégation sahraouie à la table du sommet, soit opter pour le boycott. Dans les deux cas, les options s’avèrent délicates.
L’ambiguïté de Tokyo
Lors de la réunion préparatoire d’hier, le ministre japonais des Affaires étrangères, Iwaya Takeshi, est resté dans l’expectative. En effet, dans son discours, il est revenu sur la position du Japon concernant la cause sahraouie. Le chef de la diplomatie japonaise a rappelé, à l’ouverture de cette réunion, que son pays ne reconnaît pas cette «entité», et que «sa présence aux réunions de la TICAD ne change rien à la position» du Japon. «Je voudrais vous informer que la présence d’une entité que le Japon ne reconnaît pas comme un État n’affecte pas notre position concernant le statut de cette entité», a-t-il déclaré. Le diplomate japonais a précisé que son pays a adressé aux «pays entretenant des relations diplomatiques avec le Japon» soulignant que «la Commission de l’Union africaine a invité tous ses membres». Néanmoins, le pays du Soleil levant n’a pas interdit la participation des représentants du Front Polisario, encore moins l’entrée sur son territoire.
Difficile de comprendre la position japonaise. D’un côté, le Japon affirme ne pas reconnaître le Polisario, mais de l’autre, il offre une tribune internationale aux représentants sahraouis.
Une attitude ambivalente soulevant moult interrogations, d’autant que la question du Sahara est le prisme à travers lequel le Maroc évalue ses partenariats internationaux.
Badis B.
