Un nouvel entretien téléphonique a été tenu, hier, entre le ministre des Affaires étrangères et de la communauté nationale à l’étranger, Ahmed Attaf et son homologue égyptien, Badr Abdel Atty. Il illustre la densité des relations entre l’Égypte et l’Algérie, marquées ces derniers mois par une intensification du dialogue politique et diplomatique. L’appel s’inscrit dans le cadre de la concertation régulière entre les deux capitales, soucieuses de coordonner leurs positions face aux enjeux régionaux et internationaux.
Le chef de la diplomatie égyptienne a ouvert la discussion en adressant ses condoléances aux autorités et au peuple algérien à la suite de l’accident tragique de la chute d’un bus d’un pont à Alger. Ce geste de solidarité témoigne de la profondeur des liens historiques et humains qui unissent les deux nations. Au-delà de ce moment de recueillement, la conversation a permis de réaffirmer la volonté commune d’approfondir la coopération bilatérale.
Un nouvel élan bilatéral
Les deux ministres ont exprimé leur satisfaction quant au «souffle nouveau» qui anime les relations algéro-égyptiennes et ont convenu d’exploiter pleinement cette dynamique. L’objectif affiché est de renforcer le partenariat politique, économique et de développement, mais aussi d’ouvrir de nouveaux horizons, capables de répondre aux attentes des deux peuples.
Cette ambition trouve un prolongement dans l’annonce faite en octobre 2024 par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi lors de la visite de son homologue Abdelmadjid Tebboune au Caire, la Grande commission mixte algéro-égyptienne est présentée comme un rendez-vous décisif pour relancer la coopération bilatérale. En avril dernier, le ministre Badr Abdel Atty a confirmé qu’elle devrait marquer une étape stratégique à travers des projets communs dans des secteurs clés, de l’énergie aux infrastructures. Mais une question persiste : quand cette commission, maintes fois annoncée comme imminente, verra-t-elle enfin le jour ? Parallèlement à la dynamique bilatérale, l’entretien d’hier a abordé plusieurs dossiers régionaux brûlants. Concernant Ghaza, les deux diplomates ont exprimé un rejet catégorique de la décision sioniste d’élargir son offensive, la qualifiant de «démarche escalatoire» visant à prolonger l’occupation illégale et à renforcer une politique de répression systématique. Le ministre égyptien a exposé les efforts de son pays pour parvenir à un accord global prévoyant la libération des prisonniers, l’arrêt des violences et l’acheminement sans entraves de l’aide humanitaire. Les deux ministres ont, de concert, appelé à un cessez-le-feu immédiat, insistant sur la protection des civils et la fin des politiques colonisatrices qui compromettent toute perspective de paix juste et durable. Les deux parties ont estimé, selon un communiqué du ministère, que «l’avenir de la paix au Moyen-Orient demeure tributaire de l’arrêt de la guerre génocidaire menée contre le peuple palestinien, de la fin des chimères israéliennes expansionnistes et de l’accélération de l’établissement de l’Etat palestinien indépendant et souverain sur les frontières de 1967, avec El-Qods comme capitale».
Autre sujet majeur : la crise libyenne. Abdel Atty a réaffirmé la position constante du Caire, axée sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Libye. Les deux parties ont souligné l’importance d’appuyer le processus politique libyen, placé sous l’égide des Nations unies, et de garantir le retrait de toutes les forces étrangères et des mercenaires. Dans ce cadre, le mécanisme trilatéral de concertation réunissant l’Algérie, l’Égypte et la Tunisie a été évoqué. Les ministres ont convenu de renforcer le rôle de ce cadre régional, par la régularité de ses réunions et une meilleure coordination en vue de la prochaine rencontre ministérielle.
Entre solidarité politique, coordination régionale et ambition de bâtir un partenariat stratégique, l’appel de samedi illustre une évidence : Le Caire et Alger cherchent désormais à dépasser la simple rhétorique de fraternité pour traduire leur proximité historique en réalisations concrètes. La prochaine réunion de la Grande commission mixte, attendue de longue date, devrait constituer une étape charnière vers cet objectif.
A.M.
