Les scénarios inventés et les interprétations biaisées, tels que ceux relayés par la presse du Makhzen, n’ont d’autre objectif que d’alimenter artificiellement les tensions et de servir une propagande hostile à l’Algérie.
L’affaire Boualem Sansal, écrivain algéro-français condamné en mars dernier à cinq ans de prison ferme, est revenue au premier plan médiatique après la publication d’une prétendue lettre adressée au peuple algérien et à la communauté internationale. Dans ce texte, Sansal exprimerait sa vision critique de la situation politique en Algérie et son attachement à la liberté d’expression. Mais au-delà du contenu, c’est surtout la manière dont la presse du Makhzen, notamment Hespress, s’est emparée de l’affaire qui interroge.
Le site marocain a présenté ce message comme une «fuite» spectaculaire depuis l’intérieur de la prison d’El Harrach, tentant de faire croire qu’il aurait été transmis clandestinement. Une affirmation totalement infondée : dans le système pénitentiaire algérien, où les règles et les procédures de contrôle sont rigoureusement appliquées, un tel scénario relève de la pure fiction. Cette présentation par Hespress ne vise qu’à fabriquer un effet de sensation et à nourrir un récit hostile à l’Algérie, sans le moindre appui sur des faits réels.
L’utilisation de ce prétexte s’inscrit dans une stratégie plus large des médias affiliés au Makhzen : exploiter tout élément, réel ou supposé, pour nourrir un discours systématiquement hostile envers l’Algérie. L’affaire Sansal devient un outil de propagande destiné à projeter à l’étranger une image déformée et négative de l’Algérie.
Ce procédé n’est pas isolé. La presse marocaine a déjà été prise en flagrant délit de diffusion de fausses nouvelles, notamment lors de la guerre irano-sioniste, lorsqu’elle avait annoncé, sans preuve, la mort de quatre officiers algériens lors d’une attaque sioniste. Cette «information» a été rapidement démentie, mais le mal était fait : l’intox avait circulé largement sur les réseaux sociaux et dans certains médias étrangers.
La mécanique des rumeurs fabriquées
On pourrait citer encore d’autres exemples : annonces inventées de troubles sécuritaires, rumeurs fabriquées sur les dirigeants du pays, ou encore interprétations biaisées d’événements diplomatiques. La mécanique est toujours la même : affaiblir l’image de l’Algérie à l’extérieur tout en détournant l’attention de l’opinion publique marocaine sur les difficultés internes.
Dans ce contexte, l’article de Hespress sur Boualem Sansal ne relève pas d’un engagement pour la liberté d’expression, mais d’une instrumentalisation politique. La narration de la «lettre clandestine» sert à ajouter une dimension sensationnaliste et à renforcer le récit d’un État algérien présenté comme «oppressif», tout en occultant le fait que cette soi-disant fuite est hautement improbable.
Le problème n’est pas de traiter un sujet sensible, mais de le faire avec partialité et sans vérification. Car à force de privilégier le spectaculaire sur le factuel, ces médias ne défendent ni la vérité ni la cause des droits humains. Ils participent à une guerre de l’information où l’exactitude est sacrifiée au profit du message politique. Cette démarche mine la crédibilité même de ceux qui s’en réclament et nourrit un climat de défiance envers la presse, y compris auprès des lecteurs marocains eux-mêmes, qui finissent par douter de la véracité des nouvelles publiées.
L’affaire Sansal devrait relever d’un traitement journalistique rigoureux, fondé sur des faits vérifiés. Les scénarios inventés et les interprétations biaisées, tels que ceux relayés par la presse du Makhzen, n’ont d’autre objectif que d’alimenter artificiellement les tensions et de servir une propagande hostile à l’Algérie. Dans un contexte régional où les défis communs devraient inciter à la coopération, persister dans cette voie ne peut que creuser les divisions et retarder toute dynamique constructive.
Assia M.
