Toute mauvaise nouvelle pourrait exacerber encore plus la guerre commerciale.
Le sommet prévu, ce vendredi en Alaska, entre le président américain, Donald Trump, et son homologue russe, Vladimir Poutine, devrait être le principal événement marquant des prochaines semaines. Si le sujet majeur reste un accord pour mettre fin à la guerre en Ukraine, en toile de fond se dessine la prochaine direction que prendra l’économie mondiale. Certes, la Russie fait face à une longue série de sanctions occidentales qui met à mal son économie. Cependant, elle fait preuve de résilience et peut compter sur des alliés historiques. L’asphyxie économique voulue par les sanctions occidentales se heurte aux multiples soupapes qu’offrent les alliés à l’économie russe. Acteur majeur du marché énergétique, la Russie continue de commercer avec de nombreux pays et pas des moindres, à l’instar de l’Inde et de la Chine qui refusent de se plier aux injonctions occidentales. Cette posture lui permet de peser sur le marché de l’énergie, essentiel pour l’économie mondiale.
La Chine, qui entretient un partenariat sans limites avec la Russie, a toujours maintenu sa position en faveur d’un règlement politique de la crise ukrainienne. Toutefois, elle a toujours dénoncé les sanctions émises par les Occidentaux, parfois en répondant fermement. La Chine a pris, à ce titre, des mesures de rétorsion contre deux banques de l’Union européenne, en réponse à l’inscription de deux institutions financières chinoises sur la liste des sanctions liées à la Russie par le bloc européen, a annoncé mercredi le ministère chinois du Commerce. Pékin considère que les sanctions européennes contre la Russie, qui ont affecté les institutions chinoises, représentent une «grave violation du droit international et des normes fondamentales des relations internationales, et portent gravement atteinte aux droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises». Compte-tenu de cette configuration qui semble dessiner deux blocs distincts aux intérêts opposés, toute mauvaise nouvelle, en provenance de l’Alaska, pourrait servir d’excuse pour exacerber encore plus la guerre commerciale qui, depuis de longs mois, plombe l’économie mondiale.
L’économie mondiale prise en tenaille
En l’espace de quelques mois, le président américain Donald Trump a bouleversé le paysage mondial des affaires, utilisant les tarifs douaniers, les provocations et les accords commerciaux comme outils pour contraindre alliés et rivaux à se rendre à la table des négociations. Dès le début de sa croisade, la directrice générale de l’OMC avait indiqué que pour le seul cas de la Chine, la guerre commerciale pourrait réduire «jusqu’à 80% le commerce de marchandises entre les deux premières économies du globe». La directrice générale avait mis aussi en garde contre les conséquences bien au-delà des deux pays, en ajoutant qu’ «une division de l’économie mondiale en deux blocs pourrait entraîner une réduction à long terme du PIB réel mondial de près de 7%».
Ces droits de douane voulus par le président américain Donald Trump et les mesures de représailles prises par les autres pays devraient fortement peser sur l’activité économique mondiale cette année, a estimé mardi le Fonds monétaire international. Le FMI s’attend à ce que la croissance mondiale atteigne 2,8% cette année, une valeur révisée à la baisse de 0,5 points de pourcentage par rapport à sa précédente estimation, en janvier. «Nous entrons dans une période où le système économique mondial que nous connaissons depuis 80 ans est réinitialisé. Mais au-delà de la hausse massive des droits de douane, l’incertitude pèse fortement sur l’économie et si elle se maintient elle ralentira la croissance mondiale», a averti durant une conférence de presse le chef-économiste du FMI, Pierre-Olivier Gourinchas.
Le pétrole en mode attentiste
Les prix du Brent ont continué à se maintenir, autour de 66 dollars le baril, le marché étant concentré sur la rencontre Trump-Poutine. Pour rappel, début août, le président américain avait lancé à la Russie un ultimatum, la sommant de trouver un accord avec Kiev sous peine de sanctions sévères visant notamment à affecter ses exportations de pétrole. Pour faire pression sur Vladimir Poutine et mettre fin à la guerre en Ukraine, Donald Trump avait décidé de mettre en place des sanctions dites secondaires et de s’en prendre aux pays qui achètent le pétrole russe. Après avoir déjà imposé des droits de douane de 25% sur les importations indiennes, Donald Trump a publié le 6 août un décret imposant des droits de douane supplémentaires de 25% en raison des achats de pétrole russe par l’Inde. Cette situation a ravivé les craintes d’une réduction des exportations russes d’or noir. L’issue de cette menace est très scrutée par les opérateurs, alors que Moscou est le troisième producteur et le deuxième exportateur mondial de pétrole brut.
Aussi, une issue heureuse de la rencontre de demain pourrait dissiper une partie du risque de sanctions qui pèse sur le marché. Toutefois, l’échec d’un accord accentuera très certainement la pression américaine sur les acheteurs de pétrole russe et par ricochet sur le marché mondial.
Saïd S.
