Des hectares de jardins au cœur de la capitale, des résidences officielles louées à des prix symboliques, des instituts culturels (Alger, Oran, Constantine, Annaba et Tizi-Ouzou) installés dans des immeubles prestigieux à des loyers dérisoires… Ce privilège vient d’être brutalement remis en question. Les autorités algériennes envisageraient de réduire sensiblement le nombre de locaux consulaires que la France occupe depuis 1962.
Ces biens se trouvent principalement dans les villes et régions où la présence française était historiquement forte, comme Alger, Oran, Constantine, Annaba, ainsi que d’autres centres urbains majeurs. L’Algérie entend renégocier l’ensemble des «héritages» jugés déséquilibrés et place désormais la question foncière au cœur d’un bras de fer à la fois politique, mémoriel et migratoire.
Après l’indépendance, la plupart de ces biens ont été nationalisés ou placés sous le contrôle de l’État algérien. Certains, notamment les infrastructures, ont été gérés par des entreprises publiques. En raison de leur valeur architecturale et historique, plusieurs bâtiments sont considérés comme un patrimoine national, entretenus et mis en valeur à ce titre.
Inégalités dans les conditions de location
Les autorités rappellent que la représentation diplomatique algérienne en France ne bénéficie d’aucun avantage comparable : ambassades et consulats y paient des loyers au prix du marché et subissent les mêmes contraintes que tout acteur institutionnel. Si des loyers de marché étaient appliqués à l’ambassade et à sa résidence, la facture pourrait atteindre plusieurs millions d’euros par an. En y ajoutant les sites des instituts français, des consulats et de leurs dépendances, le montant total grimperait encore. Dans tous les cas, la gratuité ne peut plus être considérée comme acquise.
Les 61 biens occupés par la France pour ses différentes structures diplomatiques en Algérie ne lui appartiennent pas tous. Ils sont loués à des prix symboliques, fruit d’accords préférentiels conclus depuis 1962. Le 7 août dernier, le ministère algérien des Affaires étrangères a officiellement annoncé deux mesures : la fin de la mise à disposition gratuite des biens immobiliers appartenant à l’État et occupés par la représentation diplomatique française, ainsi que la révision des baux existants pour les autres propriétés jusque-là proposées à des conditions jugées très avantageuses. Une note verbale a été transmise au chargé d’affaires français, invitant Paris à dépêcher rapidement une délégation pour renégocier les contrats. Le message est clair : à l’avenir, ces biens devront être loués à leur juste valeur, ou restitués si aucun accord n’est trouvé.
Parmi eux figure le siège de l’ambassade de France en Algérie, qui s’étend sur une superficie de 14 hectares (140.000 m²) sur les hauteurs d’Alger. S’y ajoute la résidence de l’ambassadeur, connue sous le nom «Les Oliviers», occupant 4 hectares (40.000 m²) et louée… au franc symbolique. Ce prix, fixé en 1962, n’a pas été modifié jusqu’en août 2023.
Durant la période coloniale, la France avait établi une présence immobilière importante, érigeant bâtiments administratifs, logements pour colons et infrastructures militaires. Ces biens, souvent implantés dans les centres urbains et zones stratégiques, sont aujourd’hui pour l’essentiel gérés par l’État algérien. On y retrouve des bâtiments administratifs (hôtels de ville, tribunaux, bureaux de poste), des logements (villas, appartements), des casernes, des hôpitaux, des écoles, ainsi que des infrastructures comme routes, chemins de fer et ports.
Mahmoud Tadjer
