L’Algérie a procédé, il y a quelques jours, à une réouverture exceptionnelle de sa frontière terrestre avec le Maroc pour permettre le transfert de la dépouille d’une jeune femme marocaine, noyée sur les côtes algériennes lors d’une tentative de migration clandestine.
Le poste frontalier de Zouj Beghal a ainsi été ouvert, mercredi dernier, pour faciliter ce rapatriement après l’achèvement des procédures légales. Le corps était resté en Algérie en attente de l’autorisation officielle. Ce transfert a été rendu possible grâce à des échanges répétés entre les autorités algériennes et marocaines.
Selon des sources marocaines, une nouvelle opération de rapatriement devrait avoir lieu prochainement. Elle concernerait plus de 60 jeunes Marocains détenus dans les prisons algériennes pour tentative d’immigration illégale. Ce type de coordination humanitaire n’est pas inédit. En mai 2024, une première ouverture temporaire avait permis le retour de 15 citoyens marocains ayant purgé leur peine en Algérie. En décembre de la même année, une autre ouverture avait été décidée pour le transfert du corps d’un footballeur marocain, Abdelatif Akhrif, découvert sur une plage algérienne. Le joueur aurait trouvé la mort, selon certains médias, lors d’une tentative de traversée vers l’Espagne, bien que d’autres sources aient évoqué une simple excursion.
Plus récemment, en janvier 2025, l’Algérie avait permis le retour de 36 Marocains également détenus pour immigration irrégulière.
Des raisons humanitaires
Fermées depuis 1994, les frontières entre l’Algérie et le Maroc ne s’ouvrent que de manière ponctuelle, pour des raisons humanitaires : rapatriement de dépouilles, libération de prisonniers, ou situations exceptionnelles. Cette fermeture découle d’une profonde crise diplomatique, enclenchée à la suite des attentats de Marrakech en 1994, que le Maroc avait à tort imputés à l’Algérie. Depuis, plusieurs appels à la réouverture, lancés par le roi du Maroc, ont été repoussés par l’Algérie. Alger conditionne toute normalisation à un accord global englobant notamment le différend sur le Sahara occidental.
«Le problème de la circulation aux frontières ne peut être dissocié d’une approche globale de ce que nous voulons faire de notre Maghreb. Il ne s’agit pas de construire un Maghreb où les uns gagnent et les autres perdent», ont martelé à plusieurs reprises les responsables algériens.
La question sécuritaire reste également centrale. L’Algérie accuse régulièrement le Maroc de laisser prospérer le trafic de drogue à ses frontières. En 2021, les autorités algériennes ont fermé plusieurs passages utilisés par des trafiquants dans la région de Béchar, à proximité de Figuig, après avoir intimé l’ordre à des agriculteurs marocains de quitter des terres exploitées illégalement sur le territoire algérien. Un important dispositif militaire avait été déployé pour sécuriser la zone, qualifiée de «bande convoitée par le Maroc pour en faire un point de transit de la drogue vers l’Algérie».
Ces épisodes récurrents illustrent l’ampleur des tensions bilatérales, dans un contexte où les ouvertures de frontières, bien que rares, sont dictées par des impératifs humanitaires, en dépit d’un climat diplomatique toujours tendu.
Mahmoud Tadjer
