La frustration de Retailleau n’est pas uniquement liée au blocage des relations bilatérales, mais surtout au fait que l’Élysée lui interdit d’exploiter ce dossier à des fins électorales.
Comme on le supputait depuis longtemps, le gouvernement français a reçu l’ordre de calmer le jeu avec Alger, a révélé le quotidien français Le Figaro dans un long article publié dimanche dernier. Après des mois d’escalade de tensions entre la France et l’Algérie, les déclarations acérées ont laissé place à la prudence.
Paris a baissé le ton d’un cran ces dernières semaines vis-à-vis d’Alger. La discrétion est de mise après plusieurs mois d’escalade de tensions autour de la question du Sahara occidental et de la détention de Boualem Sansal notamment du côté de Beauvau. Le quai d’Orsay, par la voix de Jean-Noël Barrot, ayant été plus mesuré. Alors que Paris tente de calmer le jeu avec Alger, le trublion Retailleau veut sortir de son isolement et crier vengeance. Bien qu’il soit concerné par cette directive présidentielle, son envie d’en découdre avec les autorités algériennes ne s’est pas éteinte selon les confidences de son entourage. En dépit des instructions claires de l’Élysée pour calmer le jeu avec l’Algérie, Retailleau «s’apprête à renouer avec sa cible favorite : l’Algérie», selon le journal français, qui a consacré un long article à ce qu’il décrit comme l’échec de Macron à «décrypter» le dossier algérien, estimant que «le choix d’une politique de dialogue, notamment sur la question mémorielle, depuis 2017, n’a pas porté ses fruits». Dans son analyse, le quotidien a donné la parole à des proches de Retailleau, qui affirment que le «ministre a perdu patience et considère que la meilleure manière de traiter avec Alger est la logique du rapport de force». Selon les sources citées par Le Figaro, Retailleau «ne va pas se laisser museler pendant des semaines», convaincu que Macron a échoué à gérer ce dossier.
Interrogés sur les moyens de «faire plier» l’Algérie, certains ont évoqué la remise sur la table des accords migratoires de 1968, bien que des experts aient déjà souligné à plusieurs reprises que ces accords sont aujourd’hui vidés de leur substance et ne constituent plus un véritable levier de pression. Il semble que la frustration de Retailleau ne soit pas uniquement liée au blocage des relations bilatérales, mais surtout au fait que l’Élysée lui interdit d’exploiter ce dossier à des fins électorales, notamment pour séduire l’électorat de l’extrême-droite. Depuis l’arrestation de Boualem Sansal à la mi-novembre 2024, Retailleau n’a cessé de s’en prendre à l’Algérie, utilisant ce thème comme argument central de sa campagne pour décrocher la présidence du parti Les Républicains, ce qu’il a obtenu en février dernier, avec déjà en ligne de mire la présidentielle de 2027. L’entourage de Retaileau a fait savoir qu’il «ne va pas se laisser museler pendant des semaines», laissant entendre qu’il reprendra son ton comminatoire vis-à-vis de l’Algérie, son «rapport de force» et ses menaces de révoquer les accords bilatéraux, dont celui de 1968 sur l’immigration. Soit la reprise d’une méthode qui a plus que montré ses limites et qui a aggravé les choses entre Alger et Paris, selon ses détracteurs en France et en Algérie.
Dominique de Villepin, l’ancien chef de la diplomatie et Premier ministre sous Jacques Chirac, a réitéré sur LCI le 6 juillet que «la méthode dure ne marchera pas» avec l’Algérie. Pour De Villepin, ceux qui peuvent obtenir la libération de Boualem Sansal sont le président de la République et le gouvernement français. Mais, précise-t-il, «un gouvernement unique qui ne parle pas à deux voix et qui, comme dans une cour de récréation, défend une chose et son contraire. La confusion se paye cher», a-t-il assuré. «Imaginer qu’on peut déclarer la guerre à l’Algérie pour précipiter le retour de Boualem Sansal, c’est mal connaître les relations entre la France et l’Algérie et c’est exactement l’effet inverse que cela produit», a-t-il insisté.
Pour lui, il y a des gestes à faire pour apaiser et ouvrir le chemin. «J’ai confiance dans le fait que cela sera possible dans les prochains jours ou dans les prochaines semaines», a indiqué De Villepin. Le ministre de l’Intérieur «souffre d’une algérophobie aiguë» et «ne cesse de vouloir monter en tension avec l’Algérie», a accusé pour sa part Mathilde Panot, également de LFI, soutenant elle aussi que la méthode Retailleau n’a pas fonctionné. «Nous ne serons jamais d’accord avec cela», a affirmé sur BFMTV, la présidente du groupe de La France Insoumise à l’Assemblée nationale, appelant à sortir de ce «néo-colonialisme qui existe toujours en France et qui est absolument insupportable».
Mahmoud Tadjer
