Le taux d’échec élevé aux examens du BEM renseigne sur la qualité de l’enseignement dans l’école algérienne.
Les résultats du Brevet de l’Enseignement Moyen (BEM), publiés, hier, ont suscité autant de joie que d’inquiétudes. Avec un taux de réussite de 67,56 %, ce sont environ 393 692 candidats, sur les 827.000 inscrits, qui n’ont pas décroché leur diplôme.
Si la majorité des admis s’apprête à entamer le cycle secondaire, les autres se retrouvent à la croisée des chemins, sans alternative claire. Pour eux, deux options dominent : redoubler de classe ou abandonner. Et pour un nombre non négligeable, c’est la rupture avec l’école qui s’annonce.
Une voie sans issue
Chaque année, le même constat revient : des dizaines de milliers de collégiens recalés n’ont ni l’envie ni les moyens de recommencer une année. Le redoublement peut être vécu comme un échec insurmontable, surtout dans un système éducatif qui valorise exclusivement la réussite scolaire classique.
Si certains recalés du BEM se retrouvent rapidement hors du système éducatif, c’est aussi, parfois, en raison d’un manque de volonté de leur part ou d’un défaut d’encadrement familial. L’absence de suivi parental, combinée à une démotivation croissante chez les adolescents, les pousse vers le décrochage. Sans accompagnement adapté, ces jeunes, encore mineurs, glissent vers le chômage précoce, les petits boulots informels, ou l’exclusion sociale.
Ce chiffre – près d’un tiers des candidats au BEM – révèle une problématique profonde : le système éducatif laisse peu de place aux profils non académiques. Et pourtant, parmi ces élèves, certains possèdent des compétences pratiques, manuelles, techniques, qui ne demandent qu’à être valorisées dans un cadre adapté.
Le BEM professionnel : une piste oubliée
À l’image du bac professionnel, qui sera introduit en septembre prochain, la mise en place d’un BEM à vocation professionnelle pourrait offrir une solution à la fois sociale et économique. Il s’agirait de proposer, dès la fin du cycle moyen, des formations qualifiantes, concrètes, liées aux réalités du marché national.
Dans un pays aux dimensions continentales, le besoin en ouvriers spécialisés, artisans, techniciens est immense. Des secteurs comme le bâtiment, la mécanique, l’agriculture, l’agroalimentaire, l’électricité, le textile ou l’artisanat souffrent d’un manque chronique de main-d’œuvre qualifiée. L’Algérie importe encore des produits et des savoir-faire qu’elle pourrait développer localement, si elle formait suffisamment tôt ses jeunes à ces métiers.
L’introduction d’un BEM professionnel permettrait à ces élèves de ne pas quitter le système éducatif, mais de s’y engager autrement, dans des filières concrètes, valorisantes, et en lien direct avec les besoins du pays.
Renforcer le marché des métiers passe inévitablement par une réforme de l’orientation. Actuellement, les centres de formation professionnelle ne sont pas suffisamment intégrés au parcours scolaire. Ils interviennent souvent trop tard, une fois l’échec consommé. En intégrant la formation professionnelle au cycle moyen, l’État enverrait un signal fort : la réussite ne passe pas uniquement par la voie académique.
De plus, l’offre de formation doit être repensée pour couvrir l’ensemble du territoire. Dans plusieurs wilayas, les élèves n’ont tout simplement pas accès à des structures adaptées. Un plan d’investissement dans les établissements de formation, avec des cursus modernisés et des équipements adéquats, s’impose.
Le regard social porté sur les métiers manuels reste un frein. En Algérie, l’idéal reste souvent l’université, même au prix de longues années d’études précaires et de diplômes sans débouchés. Il est urgent de redonner de la valeur au travail manuel, à l’artisanat, aux métiers dits «de terrain». Ce sont ces métiers qui construisent, réparent, nourrissent, habillent. Ce sont eux aussi qui, demain, pourraient générer des PME, des coopératives, et soutenir l’économie nationale.
Un BEM professionnel ne doit pas être vu comme une voie de relégation, mais comme une autre forme d’excellence. Une excellence adaptée aux besoins du pays et aux talents des jeunes.
Pour les 270.000 recalés de cette année, l’absence d’une telle voie signifie souvent l’abandon. Pour les générations à venir, elle pourrait être une chance. Une Algérie moderne a besoin de tous ses enfants – même ceux qui ne brillent pas dans les salles de classe.
Assia M.