D’un côté de la Méditerranée, une côte dalmate qui a transformé ses cicatrices de guerre en une industrie touristique florissante, pesant 20% de son PIB.
De l’autre, un littoral algérien de plus de 1200 km, un désert majestueux et des trésors historiques qui peinent à attirer les voyageurs, avec un secteur qui stagne à moins de 2% du PIB.
Par S. M.
Comment expliquer un tel décalage ? L’Algérie, terre de promesses infinies, semble prise au piège d’un paradoxe : un potentiel naturel et culturel immense, freiné par une quête du gain à court terme et des lacunes flagrantes dans la culture de l’accueil et du service.
Le potentiel existe, la vision fait défaut.
L’Algérie a tout pour séduire : les plages sauvages de Jijel, les montagnes verdoyantes de Kabylie, les oasis du Grand Sud, ou encore les cités millénaires comme Constantine et la Casbah d’Alger. Un terrain de jeu extraordinaire qui pourrait aisément concurrencer les destinations les plus prisées. Pourtant, là où la Croatie a bâti une stratégie claire et diversifiée – alliant randonnée, tourisme de luxe, culture et aventures nautiques –, l’Algérie semble naviguer à vue.
Le modèle croate repose sur des investissements ciblés, souvent soutenus par des fonds européens, des partenariats public-privé efficaces et une véritable priorisation de la formation. Les écoles hôtelières de Split ou les certifications pour les guides ne sont pas des détails, elles sont le moteur d’un service de qualité.
En Algérie, le contraste est saisissant. Les initiatives louables, souvent portées par des passionnés, comme l’ouverture de gîtes ruraux dans l’Atlas ou des maisons d’hôtes dans le Sud, se heurtent à une réalité décourageante. Elles font face à une bureaucratie étouffante et à un manque de vision globale. Des projets pharaoniques restent inachevés, symboles d’une planification défaillante, tandis que le potentiel local est rarement exploité ou consulté. Les habitants, qui devraient être les premiers ambassadeurs de leur région, sont trop souvent réduits au rôle de simples figurants.
L’accueil et le service : le maillon faible
Le succès touristique ne se mesure pas seulement à la beauté des paysages, mais aussi et surtout à la qualité de l’expérience humaine. C’est ici que le bât blesse le plus durement. La recherche du gain facile et immédiat prend souvent le pas sur la construction d’une réputation durable.
Pendant que des start-ups croates développent des applications touristiques primées pour faciliter le séjour des visiteurs, le touriste en Algérie, qu’il soit national ou étranger, est souvent confronté à un parcours du combattant. Des tarifs hôteliers qui s’envolent sans justification de qualité, des infrastructures vieillissantes et un service qui manque cruellement de professionnalisme découragent les plus motivés, y compris la diaspora désireuse de redécouvrir son pays.
Cette lacune n’est pas une fatalité, mais le résultat d’un manque d’investissement dans le capital humain. Sans écoles hôtelières de renom, sans formation continue et sans une véritable culture de l’accueil, même les plus beaux hôtels du monde restent des coquilles vides.
L’urgence d’une «révolution»
L’Algérie, forte de ses revenus pétroliers, semble paradoxalement paralysée par ses richesses naturelles qui ont longtemps dispensé le pays de devoir innover dans d’autres secteurs. Le contraste révèle un gâchis immense de potentiel humain.
Des pays sortis de conflits bien plus récents, comme le Rwanda ou le Vietnam, ont réussi à bâtir des industries touristiques florissantes en misant sur une gouvernance experte et une vision à long terme. La question n’est donc plus de dénoncer, mais de s’interroger sur le chemin à suivre.
Ces pays cités ne sont pas un modèle parfait, mais ils agissent comme un miroir tendu à notre pays. Un miroir qui reflète durement les occasions manquées, mais qui révèle aussi une lueur d’espoir. Cette lueur, c’est celle d’une jeunesse algérienne créative, connectée et désireuse de se battre pour que la beauté de son pays ne soit plus le complice silencieux d’un immense gaspillage. Pour que le mot «service» rime enfin avec «sourire», et «accueil» avec «avenir».
S.M.