Un colloque international qui s’est tenu à Genève les 26 et 27 juin 2025 a abouti à un plan d’action ambitieux visant à redynamiser le concept de neutralité pour répondre aux défis mondiaux contemporains, notamment la cyberguerre et la polarisation géopolitique croissante.
Par Samir MÉHALLA
Les participants ont plaidé pour une «neutralité active», pierre angulaire d’une nouvelle gouvernance mondiale, et ont lancé des initiatives concrètes, dont la création d’un label suisse de neutralité numérique et une proposition de traité international sous l’égide de l’ONU.
Réunis sous les auspices du Centre pour la Neutralité de Genève (GCN), près de 90 experts, diplomates et membres de la société civile venus de 27 pays ont lancé un «Appel à l’action pour une neutralité active pour la paix mondiale». Ce colloque s’inscrit dans une dynamique internationale, faisant suite au premier Congrès international sur la neutralité tenu à Bogota, en Colombie, en avril 2024, et préparant le terrain pour un prochain congrès mondial en 2026, pour lequel Genève se porte candidate.
L’objectif affiché est de transformer la neutralité, souvent perçue comme une posture passive d’abstention, en un outil proactif et engagé pour la médiation, la prévention des conflits et la construction d’une paix durable. «Face à la militarisation croissante des relations internationales et à la numérisation des conflits, une neutralité attentiste n’est plus suffisante», a martelé Nicolas Ramseier, président du GCN, lors des débats. «Nous devons être des acteurs de la paix.»
Les participants se sont accordés sur une déclaration finale et un plan d’action visant à promouvoir la neutralité comme instrument de paix. Les principales décisions incluent la création d’un réseau international d’acteurs pour la neutralité, qui agira comme un observatoire mondial. Sur le plan numérique, le colloque a initié deux projets majeurs : la rédaction d’une proposition de déclaration des Nations Unies sur la neutralité numérique et cybernétique, avec pour finalité un traité international, et le lancement d’un Swiss Digital Neutrality Label. Ce label vise à certifier les écosystèmes numériques fiables et sécurisés.
Enfin, le colloque a réaffirmé l’importance de la souveraineté et du non-alignement comme fondements de la neutralité, vue comme un pilier essentiel pour une gouvernance mondiale harmonisant paix, climat et développement.
Une feuille de route pour la paix à l’ère numérique
Au cœur des préoccupations et des décisions prises à Genève figure la militarisation de l’espace numérique. Les participants ont convenu d’un plan d’action détaillé pour contrer cette tendance.
L’une des initiatives les plus marquantes est le projet de rédaction d’une déclaration des Nations unies sur la neutralité active dans le domaine numérique et cybernétique. L’ambition est de poser les jalons d’un futur traité international qui garantirait un cadre normatif pour la paix à l’ère numérique, protégeant les infrastructures critiques et les données des citoyens des conflits interétatiques.
«Nous devons éviter que le cyberespace ne devienne un champ de bataille sans foi ni loi», a expliqué un expert en droit international présent à la conférence. Cette initiative s’inspire de discussions existantes au sein de l’ONU, notamment autour du «Pacte numérique mondial» (Global Digital Compact), mais en y injectant spécifiquement le principe de neutralité.
En parallèle, et de manière plus immédiate, le colloque a annoncé le lancement d’un Swiss Digital Neutrality Label. Ce label de certification, s’appuyant sur la réputation de la Suisse en matière de confiance et de sécurité, vise à devenir une référence mondiale. Il permettra d’identifier et de promouvoir les nations, les organisations et les entreprises qui s’engagent à maintenir des écosystèmes numériques «fiables, sécurisés et résilients», à l’abri des influences géopolitiques et des logiques de confrontation.
Un réseau mondial pour l’action
Au-delà du numérique, le colloque a acté la nécessité de structurer le mouvement pour la neutralité active. Il a été décidé d’établir des plateformes d’action à travers le monde et de lancer un réseau international d’acteurs engagés. Ce réseau fonctionnera également comme un «observatoire permanent» des pratiques de neutralité, permettant de partager les expériences et de coordonner les actions en faveur de la paix.
Le colloque de Genève a ainsi réaffirmé que la neutralité n’est pas l’apanage de quelques États historiquement neutres, mais une option politique pertinente pour tout pays désireux de préserver son indépendance et de contribuer activement à la stabilité internationale. Les participants voient ce principe comme la «pierre angulaire d’un cadre de gouvernance mondiale qui harmonise les impératifs de la paix, du climat et du développement». La compétition entre Genève et Vienne pour accueillir le grand Congrès de 2026 témoignage du regain d’intérêt pour ce concept, désormais résolument tourné vers l’action.
S.M.