Le retrait annoncé du groupe Wagner du Mali, relayé récemment sur les réseaux sociaux, n’a pas convaincu tout le monde. Le Front de Libération de l’Azawad (FLA) a vivement réagi à ce qu’il qualifie de «mise en scène médiatique», dénonçant une simple opération de communication destinée à maquiller une continuité sous de nouveaux habits. Pour ce mouvement, il ne s’agit ni d’une rupture ni d’un changement stratégique, mais d’un remplacement d’un acteur par un autre dans le même registre brutal.
Wagner, organisation paramilitaire liée au Kremlin, a récemment indiqué avoir «terminé avec succès sa mission au Mali» après avoir, selon ses propres termes, «expulsé les forces islamistes et remis les centres régionaux au Conseil militaire malien». Mais le Front de Libération y voit surtout un changement de façade. Le passage du flambeau à une nouvelle entité dénommée «Africa Corps», soutenue par le ministère russe de la Défense, est interprété comme une reconduction du même modèle répressif, avec son lot de violences, d’impunités et de mépris pour les droits fondamentaux.
Dans un communiqué au ton ferme, le Front ne mâche pas ses mots. Il qualifie cette transition de «continuité dans la même approche brutale», accusant les forces russes d’avoir installé un système fondé sur la terreur et l’opacité. Il y voit également un aveu d’échec pour les autorités de Bamako, incapables, selon lui, d’exercer un contrôle réel sur les troupes étrangères qui agissent en leur nom. Le retrait de Wagner, annoncé de manière unilatérale, viendrait confirmer cette perte de souveraineté que le Conseil militaire s’emploie pourtant à nier.
Le Front de l’Azawad critique également le discours officiel malien qui présente chaque virage stratégique comme un acte souverain, alors que les décisions majeures seraient en réalité prises ailleurs, dans l’ombre de partenariats militaires opaques. Il dénonce une mise en scène dont le but est de préserver l’image d’un pouvoir central fort, alors que celui-ci serait de plus en plus dépendant d’armées privées étrangères pour assurer sa sécurité et maintenir son autorité sur le territoire.
Le contexte géopolitique n’est pas neutre. Le «Africa Corps», présenté comme une entité nouvelle, n’est autre qu’un relais de Wagner, constitué dans la foulée de la rébellion avortée menée par Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine contre le commandement russe. Après cet épisode, les mercenaires s’étaient repliés en Biélorussie avant d’être redéployés ailleurs en Afrique sous une autre bannière. Ce redéploiement, loin d’apaiser les tensions, alimente les inquiétudes sur la pérennité de l’ingérence russe dans les affaires maliennes.
Face à ce constat, le Front de Libération de l’Azawad appelle à une mobilisation des forces vives de l’Azawad. Il exhorte individus et groupes à dépasser leurs différends pour s’unir dans une même voix face à ce qu’il perçoit comme une occupation déguisée. Pour le Front, seule une action collective et concertée peut faire barrage à l’ancrage de ces forces étrangères qui, selon lui, exploitent les fragilités de l’État malien pour asseoir leur influence.
Sur le terrain, cette déclaration intervient alors que de nombreux observateurs s’interrogent sur la réalité du bilan sécuritaire avancé par Wagner. L’élimination des chefs islamistes et la sécurisation des zones contestées restent difficiles à vérifier de manière indépendante. Les témoignages de civils et les rapports d’ONG évoquent, au contraire, des abus, des disparitions et une atmosphère de terreur dans certaines localités.
En définitive, la sortie de Wagner ne semble pas marquer une fin, mais bien le début d’un nouveau chapitre, sous une bannière différente, d’une même stratégie d’implantation militaire. Pour nombre d’acteurs locaux, la question n’est pas celle du nom des troupes présentes, mais de leur impact réel sur la souveraineté du Mali et sur la vie quotidienne des populations. La crispation exprimée par le Front de Libération vient rappeler que, derrière les annonces médiatiques, les enjeux de contrôle, de dignité et d’autodétermination demeurent plus que jamais d’actualité.
A.M.